Interview du morse des mers du 26/12/2008

Interview du morse des mers

par Shangri-l

 

  • Interview réalisée le 26/12/2008
  • Dernières annotations le 28/05/2010

  

  

Le morse des mers est une figure emblématique du Pixel Art Obscur. Présent dès les prémisces du mouvement, il fut un membre actif de Panda Pixela avant d’intégrer la communauté d’artistes de ZC Virtual Underground Art Gallery.

Retour sur la carrière d’un pixel artist obscur passionné…

 

 

Sur tes débuts sur Panda Pixela :

 

Comment as-tu connu le Pixel Art Obscur ?

Le Panda, père du Pixel Art Obscur, est un très bon ami. Lorsqu’il m’a envoyé le lien vers son nouveau site Panda Pixela, je ne savais absolument pas ce qu’était le Pixel Art Obscur. J’ai découvert le principe grâce aux tutoriaux  et aux oeuvres du Panda publiées sur le site.

 

De là, qu’est-ce qui t’as poussé à t’y mettre toi aussi ?

Au départ, j’avoue que mon intention était simplement de donner un coup de pouce au Panda pour faire vivre son site car au démarrage de ce dernier, la plupart des galeries étaient vides. J’ai donc mis un point d’honneur à réaliser au moins une oeuvre pour chacune des galeries et ainsi apporter ma contribution à la grande aventure Panda Pixela. Ces galeries étaient classées par bases, c’est à dire un dessin modèle basique (élaboré par Le Panda) qui devait faire partiefa intégrante de l’oeuvre à réaliser. Dès ma première oeuvre, Sim & Tree, je me suis laissé prendre au jeu pour véritablement prendre goût à cette technique. Quelques créations plus tard et je ne jurais plus que par le Pixel Art Obscur, art le plus sincère et le plus authentique parmi ceux nés de la technologie moderne. Je revendique aujourd’hui le mouvement comme un état d’esprit à part entière.

 

La tranche de pastèque se fait la malle est une oeuvre bien particulière. D’où t’es venu l’inspiration ?

Je voulais prendre à contrepied la base Unpredictable Banana qui imposait de part sa structure une oeuvre dans laquelle devait figurer une banane. Lors de la phase de colorisation, j’ai pu facilement transformer la banane en tranche de pastèque (qui au passage est un fruit succulent, mon préféré d’ailleurs). Mais le plus dur restait à faire : la mise en scène.  Je me suis alors posé la question suivante : « Pour quelle raison une tranche de pastèque peut-elle courir à grandes enjambées ? ». La réponse est venu d’elle-même : « Parce qu’elle fuit son géniteur : la pastèque ! ». Cette tranche de pastèque refuse la fatalité. Elle n’attendra pas que quelqu’un découpe la pastèque en tranche et scelle son destin avec un couteau de cuisine ! Elle va donc se faire justice elle-même, se séparer viscéralement de la pastèque sans l’aide de personne et fuir de cette cuisine pour aller vivre sa vie ailleurs. Ce qu’elle ne sait pas à son niveau (car elle est dénuée de tout sens de déduction), c’est qu’elle ne vivra pas longtemps et qu’elle subira la tragédie que vivent tous les fruits qui ne sont pas consommés à temps : la pourriture. Comme quoi la rébellion est vaine sans cerveau…

 

Pourquoi avoir choisi de faire un arrière plan aussi complexe ?

Nous sommes d’accord que, concrètement, une tranche de pastèque qui se fait la malle n’est pas une scène très rationnelle à laquelle le commun des mortels pourrait assister… à moins d’être sous l’effet d’une substance hallucinogène, ce qui rend tout de suite la scène psychédélique. C’est pour accentuer cet effet que j’ai voulu pousser ce psychédélisme jusqu’à l’arrière plan de l’œuvre. Pour cela je me suis inspiré de la déco des années 70. C’est également un indice pour le public qui se dira « cette scène n’est pas rationnelle, le fond est trop psychédélique ». Oui, car je n’aime pas profiter de la crédulité des gens pour leur faire avaler n’importe quoi…

 

Parles-nous de Jésus était un beauf. D’où t’es venu l’envie d’aborder un sujet aussi sujet à polémique ?

Tout d’abord, je ne trouvais pas le sujet polémique dans la mesure où tout ce qui touche la religion m’est assez lointain. Ce n’est qu’après avoir terminé l’oeuvre que je me suis dit que cela pouvait peut-être choquer certaines personnes. Ce qui a donné naissance à cette oeuvre est une réflexion que je me suis faite lorsque j’ai examiné la base Narcisse de Panda Pixela sous toutes les coutures. Je me suis dit que si le personnage n’était pas si bedonnant, j’aurais pu représenter Jésus sur sa croix et ainsi illustrer un épisode marquant de la bible façon Pixel Art Obscur sans l’intention de choquer, comme l’ont déjà fait de nombreux peintres. De là je me suis dit : « Mais qui nous dit que Jésus n’était pas bedonnant ? Personne n’a de preuve sur sa véritable apparence, si ça se trouve la réalité a été édulcorée et Jésus était un beauf en fait ! ». Voilà comment est née cette oeuvre parodique.

 


Le Panda et toi avez décidé de ne pas le publier à l’époque, pourrais-tu nous dire pourquoi ?

J’ai envoyé Jésus était un beauf au Panda tout en étant conscient de la polémique qu’une telle oeuvre puisse engendrer. Je lui en ai d’ailleurs fait part et lui ai précisé qu’il n’était pas obligé de la mettre sur le site. Bien que ma création lui ait plu, il a décidé de ne pas la valider pour Panda Pixela sachant ma position sur le sujet. Panda Pixela est avant tout une vitrine du Pixel Art Obscur, un site avec lequel l’internaute lambda peut découvrir ce mouvement, faire ses premiers pas avec les tutoriaux , faire publier ses propres oeuvres et participer aux concours thématiques proposés par le site. Bref c’est un site qui se veut avant tout pédagogique et familial. Le Panda  voulait éviter qu’il ne devienne la cible de groupuscule religieux et qu’il se colle une réputation de site sulfureux et borderline. Même si ça aurait fait une bonne publicité pour le site, les internautes l’auraient visité pour de mauvaises raisons. Je soutiens  Le Panda  à 100% dans son choix.

 

Tu as finalement choisi de le rendre public deux ans plus tard ?

Pas tout à fait puisque je l’avais déjà rendu public à l’époque lorsque j’avais présenté Panda Pixela sur mon blog. Cela ne me gênait pas puisque mon blog n’a aucun but particulier si ce n’est de faire découvrir au fil de mes articles mes goûts dans divers domaines. J’avais bien précisé que cette oeuvre n’était pas sur Panda Pixela et qu’elle était de ma propre initiative pour qu’il n’y ait pas d’amalgame. Entre cette époque et la publication sur Zircanews1, il y a eu l’affaire des caricatures de Mahomet. De l’eau avait coulé sous les ponts et j’étais moins réticent à l’idée d’afficher Jésus était un beauf sur un site public poursuivant le même combat que Panda Pixela : promouvoir le Pixel Art Obscur.

 

Le Che était un beauf va assez loin lui aussi. Tu étais dans ta période oeuvres à caractère polémique, à l’époque ?

A vrai dire, Le Che était un beauf n’aurait jamais du voir le jour. Quand il a été décidé que nous ne publierons pas Jésus était un beauf sur Panda Pixela, j’ai tout de même voulu faire partager mon idée de départ, à savoir : montrer une icône sous un autre jour. J’ai donc choisi un autre personnage, au caractère blasphématoire moindre, et j’ai conservé le même concept : « et si Che Guevara était en réalité un beauf ». Aujourd’hui, les jeunes portent des tee-shirts avec le portrait du Che sans forcément savoir qui était véritablement l’homme. Avec cette oeuvre je voulais que ces gens se pose des questions sur le personnage, se documentent pour connaître la véritable histoire de ce cher Ernesto, bref qu’ils aient enfin des raisons de porter ce tee-shirt. Mais cela n’empêche pas Le Che était un beauf de n’être que la version censurée de Jésus était un beauf.

 

Est-ce qu’il y a eu des réactions ?

Après la publication, je recevais régulièrement des appels anonymes. Toujours les mêmes : je décrochais et j’entendais une respiration à l’autre bout du fil. Je pense que c’était Fidel Castro. Son français n’étant pas très bon, il n’osait probablement pas parler. Je ne lui en veux pas.

 

Jeanne d’Arc était l’ancêtre de Raymond Barre enfonce le clou…

Oui c’est le cas de le dire (*rires*). Et encore, il ne s’agit là que d’une version censurée car dans un premier temps, j’avais repris la croix de Jésus était un beauf et j’avais modifié le décor et le personnage principal. Le Panda m’a alors fait remarquer que de montrer une femme attachée à une croix se faisant immoler pouvait être blasphématoire aux yeux de certains. C’est pour cela que j’ai remplacé la croix par une potence classique, Jeanne d’Arc étant désormais ligotée hors champ (on devine une potence en forme de T dont les liens sont reliés à la poutre transversale). Malheureusement je n’ai pas conservé le dessin original, mais l’essentiel est que cette modification n’a pas dénaturé mon idée de base. La croix, récupérée sur Jésus était un beauf, me permettait simplement de gagner du temps et éviter d’avoir à redessiner une potence, il n’y avait aucune intention particulière derrière. Finalement je préfère le dessin tel qu’il est aujourd’hui. Grâce à la remarque du Panda, il a désormais le mérite d’être totalement original, hormis l’utilisation de la base Narcisse évidemment. 


Justement, tes créations sur la base Narcisse de Panda Pixela ont toutes quelque chose de particulier. Pourquoi une telle hargne dans les sujets abordés ?

Je considère ces trois oeuvres (Jésus était un beauf, Le Che était un beauf et Jeanne d’Arc était l’ancêtre de Raymond Barre) comme une trilogie sur la chute d’une icône. Les trois personnages mis en scène ont tous un point commun : ils ont été exécutés puis élevés à ce rang d’icône. C’est ce même rang que je voulais remettre en question dans cette trilogie avec des hypothèses poussant à la réflexion. Après, on peut y voir de la hargne car les sujets sont sensibles mais ce n’est pas vraiment le but premier de ma démarche. En ce qui concerne mes autres oeuvres avec la base Narcisse, il est vrai que dans La dernière goutte du pilier de comptoir, je dénonce les méfaits de l’alcool à travers ce pauvre homme qui a bu la goutte de trop et meurt d’un coma éthylique au milieu du bistrot qu’il a l’habitude de fréquenter (tout comme Molière est mort sur scène d’ailleurs… quelque part on peut dire que la boucle est bouclée). Cette homme à tout perdu, son travail, ses biens, à cause de sa dépendance. C’est d’ailleurs pour cela que je l’ai représenté en sous-vêtement. Le message est clair : il est plus économique de se saouler chez soit en achetant son alcool en supermarché plutôt que de consommer au bar. Bizarrement, je n’ai reçu aucune plainte de tenanciers mais après tout chacun est libre de gérer sa consommation comme il l’entend, les bars ne peuvent en aucun cas être tenus responsables de la déchéance de certains. De toutes façons, il faut boire avec modération, ça a toujours été ma philosophie (bon ok, en pratique c’est autre chose) et pour lutter contre ce fléau qu’est l’alcoolisme, rien ne vaut une image choc comme celle-ci… même si le Pixel Art Obscur n’est peut-être pas le médium le plus adapté pour ce genre de campagne, avec un peu de talent on peut y arriver. La preuve, je n’ai plus fait de coma éthylique depuis que j’ai publié cette oeuvre sur Panda Pixela. Désormais j’arrête de consommer dès les premiers vomissements2. Pour en revenir à la base Narcisse, Roland l’crados, lui, ne véhicule aucun message particulier. Il s’agit d’une simple parodie des Crados, (Garbage Pail Kids en version originale), ces stickers qui ont fait fureur aux États-Unis au début des années 90 et qui ont été exportés chez nous quelques temps plus tard. Le personnage grassouillet de  Narcisse se prêtait bien en ersatz de Mathieu le Dégueu, Georges Tademorve ou encore Aldo Supercrado. Quant au titre de cette création, je l’ai emprunté à la chanson homonyme du groupe Elmer Food Beat. Il y a donc un double hommage dans cette oeuvre.

 

La fin tragique de Léguman évoque le personnage de Roland Topor et Henri Xhonneux. Revendiques-tu leur émission Téléchat comme l’une de tes influences ?

Totalement ! Téléchat allait bien au delà de la simple émission pour enfant. Elle permettait de développer le sens de l’humour chez les plus jeunes en dehors des clowneries habituelles qu’on leur proposait. En effet, les calembours et les situations absurdes y étaient légions et chaque épisode donnait lieu à une seconde lecture beaucoup plus subtile (de là à dire que je dois mon sens de l’humour à Téléchat, il n’y a qu’un pas). Léguman quant à lui était le moment parodique de l’émission à l’époque où les Sentaï et autres séries live japonaises avec des costumes en carton inondaient les programmes jeunesse. La parodie n’est pas un concept évident à assimiler pour un enfant et Léguman m’a personnellement initié à ce concept : imaginez donc un type avec une tête de citrouille, des bras en carottes, des jambes en cosses de petits pois et une batavia autour du cou se battre contre un aspirateur, une caisse enregistreuse, un mixeur, une soupière ou encore un pantalon, le tout tourné en super 8 avec une voix off jouant la carte du second degré (« les carottes sont-elles cuites ? » ) ! Léguman a marqué pas mal les esprits parmi les gens de ma génération (le groupe hip-hop TTC en a même fait une chanson) et pourtant, il n’était présent que dans une émission sur dix de Téléchat, soit un total de 22 apparitions en l’espace des trois saisons de l’émission de Topor et Xhonneux. Sachant qu’un épisode de Léguman ne durait que 30 secondes en moyenne, cela nous donne seulement 11 minutes de présence à l’écran étalées sur trois années. Ça en dit long sur le charisme du personnage. La seule chose qui me titillait dans Léguman était que dès l’apparition du héros, ce dernier était toujours en position de force par rapport à son ennemi. La fin tragique de Léguman était une façon de clore les aventures du super-héros végétal avec une scène où pour la première fois il serait en danger. Et pour lui donner cette correction, qui de mieux que son homologue représenté par la base Arcimboldo ? Je me suis inspiré pour cela des fins d’épisodes de la série Batman des années 60 avec Adam West où Batman et Robin se retrouvaient prisonniers dans des pièges farfelues sans aucun moyen d’en sortir vivant au moment où la voix off annonçait « Nos héros vont-ils réussir à déjouer ce piège mortel ? Vous le saurez au prochain épisode, même heure, même chaîne ». Bien entendu dans l’épisode suivant il s’en sortait toujours et avec une facilité déconcertante bien qu’il ne semblait à chaque fois n’y avoir aucune issue possible. Là, sur ma composition, c’est un peu la même chose : notre héros va-t-il s’en sortir ? Je laisse le public imaginer la suite (mais le titre et la légende sont des indices quand même).

 

Les nuits chaudes de Baptiste Durant, l’exhibitionniste malvoyant va vraiment loin. Comment as-tu trouvé le sujet ?

Très facilement, c’est un autoportrait en fait (*rires*). Plus sérieusement, la silhouette Giacometti m’a toujours fait penser à un vil pervers au pas léger arpentant les rues à la recherche d’une proie, les mains innocemment bien en vue comme pour se décharger d’un éventuel attouchement furtif. A partir de là, l’idée de l’exhibitionniste est venue d’elle-même.

 

Pourquoi malvoyant ?

Parce que j’avais également l’idée de recréer une scène de « Singing in the rain » à partir de la même base. J’avais commencé à dessiner le manche d’un parapluie que je voulais faire tournoyer autour du bras de mon Gene Kelly giacomettique. Le problème est que je ne savais pas comment bien rendre l’effet et j’ai donc abandonné mon remake de ce classique de la comédie musicale. Par contre j’ai conservé le manche de parapluie que j’ai transformé en canne et que j’ai intégré à mon exhibitionniste (qui n’était pas encore devenu malvoyant). Mais un truc ne collait pas : pourquoi un exhibitionniste se promènerait-il avec une canne ? Une seule réponse à cette question épineuse : parce qu’il est aveugle ! J’ai plutôt opté pour la malvoyance puisque la première version de mon dessin avait été baptisée « Les nuits chaudes de Baptiste Durant » et que le terme « exhibitionniste malvoyant » était sujet à rime avec le nom de mon protagoniste. Et puis entre nous, un exhibitionniste complètement aveugle risque d’avoir de mauvaises surprises s’il tient vraiment à choisir ses victimes.

 

Qu’est-ce qui a fait que tu ais retenu cette idée ?

Absolument rien. Du moment que l’idée me plait et que j’arrive à la retranscrire, je fonce sans réfléchir. Je ne vois rien de choquant à représenter un homme nu. De nombreux artistes avaient des femmes dénudées comme modèles. Je suis pour la parité (… enfin ça dépend des fois).

 

T’arrives-t-il de t’autocensurer ?

Oui. Pour en revenir à Jésus était un beauf, il y a eu une sorte autocensure effectivement mais j’ai conservé l’oeuvre pour la publier ailleurs que sur Panda Pixela. En ce qui concerne la potence dans Jeanne d’Arc était l’ancêtre de Raymond Barre, l’autocensure est plus flagrante puisque le dessin original n’existe plus. Hormis ces deux exemples, je ne me suis jamais retenu. J’aurais pu éventuellement flouter les parties génitales de Baptiste Durant si Le Panda me l’avait demandé mais il ne s’est absolument pas opposé à une publication en l’état.

 

Terra au pays des Merguez fait référence au roman bien connu de Lewis Carroll. D’où t’es venu l’association d’idée entre Terra et Alice ?

C’est ce drôle de chat (issu de la base Terra) à la queue qui semble extensible et vivante, comme si le félin avait fusionné avec un serpent, qui a fait le lien avec « Alice au Pays des Merveilles » dans mon esprit. C’est le genre d’animaux étrange que l’on ne retrouve que dans des univers fantasmatiques. J’ai aussi pensé au Magicien d’Oz puisque Dorothy, l’héroïne, est accompagnée d’un animal (son chien en l’occurrence) contrairement à Alice qui se retrouve seule dans ce monde étrange. Mais objectivement j’ai une préférence aux personnages loufoques du pays des merveilles par rapport aux habitants du pays d’Oz.

 

Est-ce que ce titre fait référence à une blague de cour de récré de la fin des années 80 que le journal de Mickey a par ailleurs publiée ?

Quelle perspicacité ! Effectivement, j’ai pensé à cette vieille blague (assez nulle d’ailleurs). Par contre j’ignorais qu’elle avait été publiée dans le Journal de Mickey, pourtant je le prenais chaque semaine en kiosque (pour les Mickey Énigmes et les valises de jeux en carton à monter soi-même chaque début d’été) ! Mais au niveau de l’inspiration pour cette oeuvre, il y a aussi le fait que j’adore faire cuire les merguez en été et observer le jus coulant au compte goutte de la grille de barbecue pour venir exciter les flammes dansant sur le charbon ardent. Par contre à manger, je préfère de loin les chipolatas…


Balayette-man in Balayette World représente un monde de balayettes et une sorte de super-héros de la balayette. D’où te vient cette obsession pour cet objet ?

Je n’ai aucune obsession pour cet objet. Par contre j’ai un ami qui voue une fascination sans borne aux balayettes (avec le manche et l’étiquette) et cet ami est justement la personne qui a servit de modèle au Panda pour la base Thanos, du moins pour la tête, le corps étant tiré du personnage Pampa (ou Cactuar pour nos compatriotes américains) bien connu des adeptes de la saga vidéoludique « Final Fantasy » dont notre ami est également fan. Mon oeuvre est donc un clin d’oeil à cette personne qui est même allée jusqu’à baptiser un de ces disques durs « Balayette » dans son poste de travail Windows. 

 

Mongole fier part d’une image forte, celle de l’homme à la tête de montgolfière. Comment as-tu trouvé une idée aussi frappante ?

La base Sébastien, à partir de laquelle j’ai réalisé ce dessin, est une base très difficile à utiliser. En effet, ce personnage à la tête démesurée est assez délicat à placer dans une scène quelconque. Le seul moyen d’être original est que l’objet de la scène fasse partie intégrante du personnage. J’ai donc décidé de représenté un être mi-homme mi-montgolfière, l’apparence de la base s’y prêtant assez bien et cela me permettait également d’utiliser un jeu de mot pour le titre. Ce concept de fusion entre l’homme et la matière m’a été librement inspiré des films comme « Tetsuo » de Shinya Tsukamoto et « Videodrome » de David Cronenberg.

 

Dawn of the sausages évoque le cinéma de George Romero. C’est une référence qui t’es chère, n’est-ce pas ?

Absolument. Romero est un grand auteur contemporain mais souvent sous-estimé de par le genre dans lequel il évolue. Dawn of the sausages est une oeuvre qui ne rend pas seulement hommage à la saga des morts-vivants du grand barbu mais aussi à toutes les nombreuses séries Z (dont je suis friand je ne le cache pas) inspirées par cette saga. Le titre fait bien entendu écho à « Dawn of The Dead » (« Zombie » en Europe), second et meilleur opus de la saga, mais en ce qui concerne la scène parodiée, les morts sortants de leur tombe, elle ne figure dans aucun des films de Romero. Elle s’inspire plutôt du « Retour des morts-vivants » de Dan O’Bannon, comédie horrifique du début des années 80, revendiquant ses références à Romero. J’ai également pensé à « Thriller » de Michael Jackson, dont le clip, réalisé par John Landis, puise dans ces mêmes références. Et puis une attaque de saucisses zombies ça ne s’est pas encore vu au cinéma ni ailleurs, je trouvais l’idée originale.

 

Parle-nous de Sim & Tree. De  toutes les créations basées sur la base Base publiées sur Panda Pixela, c’est celle qui s’en éloigne le plus. Comment en es-tu arrivé là ?

Il s’agit là de ma toute première oeuvre Pixel Art Obscur. Mon style n’était encore pas vraiment défini. Avant de me lancer avec cette base, j’ai tenté de la voir autrement que ce qu’elle semblait représenter. C’est là que je me suis aperçu qu’en superposant quatre fois la base dans un sens différent, je pouvais obtenir une figure ayant l’aspect d’un flocon de neige. Pour habiller le tout, j’ai caricaturé le comédien Sim parce que depuis son Rôle d’Agecanonix dans « Astérix et Obélix contre César » de Claude Zidi, je n’en ai plus entendu parler. A travers cette oeuvre je voulais alerter l’opinion publique en posant la question suivante : « Mais que devient Sim ? » (je n’ai d’ailleurs toujours pas eu la réponse3). En ce qui concerne le titre de l’oeuvre, le croisement des jambes et des bras de mes quatre Sim m’a évoqué les branches d’un arbre (tree en anglais). Ainsi est né le jeu de mot Sim & Tree (car il y a également de la symétrie dans cette création).

 

Tu n’as pas publié une seule création indépendante sur Panda Pixela, uniquement  des oeuvres basées sur ses bases. Pourquoi ? Est-ce par fainéantise ? Ce n’est pourtant pas l’inspiration qui semblait te faire défaut.

Comme je l’ai dit plus tôt, je tenais à créer une oeuvre (ou plus selon l’inspiration) pour chacune des bases proposées dans Panda Pixela. J’ai donc commencé par me tenir à cet objectif avant de proposer mes oeuvres originales car parallèlement je dessinais « Les douze travaux de Papy Herman » mais j’attendais d’avoir terminé les douze épisodes composant cette galerie pour que cette dernière soit publiée intégralement. Suite à cette saga, je comptais m’atteler à des oeuvres indépendantes et plus personnelles. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de terminer les aventures de Papy Herman car les mises à jour du site ont brutalement cessées alors que je mettais la touche finale au cinquième épisode.


Justement, comment as-tu réagis quand Le Panda a cessé de mettre son site à jour ?

Je me suis senti frustré car du coup je n’avais plus aucune raison de terminer « Les douze travaux de Papy Herman » vu qu’en dehors de Panda Pixela, je ne pouvais les publier nulle part. J’ai donc brutalement mis un terme à ma carrière d’artiste Pixel Art Obscur.

 

Pendant combien de temps as-tu continué de lui envoyer des oeuvres au Panda ?

J’avais l’habitude d’échelonner mes envois et d’attendre la publication sur le site avant de procéder à un autre envoi, ceci afin de ne pas surcharger Le Panda pour ses mises à jour. Finalement, il n’y a que deux créations que j’ai envoyées et qui n’ont jamais été publiées : un monochrome et une oeuvre réalisée « les yeux fermés »4. Je me préparais par la suite à envoyer Benny B : anges ou démons ?, Que le diable m’enschtroumpf ! et Carré d’as meurtrier et musical mais je n’ai pas eu l’occasion de le faire. Le plus triste dans cette histoire est que j’ai égaré les deux oeuvres en attente de publication. J’espère que Le Panda les a conservées5.

 

 

Sur tes oeuvres sur Zircanews :

 

La série « Les Douze Travaux De Papy Herman » fait référence à Papa Schultz, c’est bien ça ?

Non pas du tout. Je me suis inspiré des 12 travaux d’Héraclès de la mythologie grecque (Hercules chez les romains). J’ai simplement remplacé le demi-dieu par un vieillard et donc considérablement diminué le niveau des épreuves. J’ai repris pour cela le personnage d’Herman Toothroot de la saga vidéoludique Monkey Island. Il s’agit d’un explorateur parti il y a de nombreuses années à la recherche de la mythique Ile aux Singes et ayant échoué sur celle-ci sans possibilité dans repartir. Au fil des opus, Herman a eu diverses possibilités de fuir l’île aux côtés de Guybrush Threepwood (héros de la série) mais ce dernier a toujours quelque chose de mieux à faire et quitte les lieux en oubliant systématiquement le pauvre vieillard à la sénilité bien avancée due à ses années de vie en solitaire passées à régler des différents avec son voisinage composé de cannibales et de singes. Quant à l’appellation « Papy Herman », il s’agit bien entendu une référence au personnage de Baby Herman de « Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ».

 

Comment as-tu trouvé les thèmes des travaux ?

J’ai respecté une certaine cohérence avec les épreuves originales traversées par Héraclès. Chaque épisode fait donc écho au mythe à travers des termes à consonance similaires ou d’animaux d’espèce plus ou moins proche. Ainsi, pour la première épreuve, « le chat de mémé » évoque « le lion de Némée », j’ai gardé l’idée du félin et matérialisée la contrée de Némée en une grand-mère acariâtre. Le python à une tête fan de Vincent Delerme  est l’équivalent de l’Hydre de Lerne à neuf têtes. Quant au sosie d’Homer Simpson, il s’agit là d’une simple touche humoristique appuyant le caractère inoffensif de l’animal. Héraclès dû chasser le sanglier d’Erymanthe. A défaut d’un sanglier, Herman aura affaire à une espèce domestiquée : la truie. Après il fallait que je trouve quelque chose se rapprochant du terme « Erymanthe ». C’est ainsi qu’Herman a eu pour mission de manger une truie à la menthe. Capturer la biche de Cérynie fut une lourde tâche pour le héros grec puisque l’animal aux sabots d’airain était réputé pour sa vitesse de pointe. Herman devra donc faire la course avec un faon cul de jatte en toute sérénité (encore une fois, le terme « sérénité » fait écho à « Cérynie »). Enfin traquer un moineau sur une cymbale n’est rien de plus que l’équivalent du cinquième travail d’Héraclès : tuer les oiseaux du lac Stymphale. En ce qui concerne les sept autres épreuves, j’ai déjà trouvé l’équivalence pour Herman, il ne me reste plus qu’à les mettre en scène.

 

D’où t’es venu l’idée du faon cul de jatte Coulo ?

Il fallait que cette épreuve de course soit abordable pour Herman. Héraclès avait affronté une biche, j’ai donc opté pour la progéniture de celle-ci : un faon. Pour être sûr que le vieil homme l’emporte, j’ai amputé les pattes de l’animal. Quant au prénom Coulo, c’était pour le jeu de mot rappelant une insulte en Italie (faon Coulo). On reste donc dans la mythologie puisque les romains, ancêtre des italiens, se sont approprié les légendes grecques. 

 

Que penses-tu de l’oeuvre de Shangri-l qui le met en scène6 ?

Tout d’abord, je ne pensais vraiment pas que mes créations pouvaient avoir un tel impact au point qu’un de mes personnages soit repris dans l’oeuvre d’un confrère. L’hommage me touche évidemment, et voir Coulo tel qu’il est dans la vie privée m’a beaucoup amusé. Comme quoi il vit très bien son handicap.


Enfin, veux-tu nous en dire plus sur les Jumping Stools et les Brainless On Line ?

Les Brainless On Line était un groupe punk/pop dans lequelle j’étais bassiste. Les textes, en anglais, étaient complètement humoristiques, décalés, voir surréalistes. Le groupe fut en activité de 1999 à 2001 (rebaptisé Raving Lunatics en décembre 2000). Les Jumping Stools, quant à eux, sont nés le 27 novembre 2001, jour de la Saint Séverin. C’est un groupe exclusivement a capela (les instruments sont tous bruités à la bouche) composé de six membres plus ou moins connus dans l’univers du Pixel Art Obscur : Le Panda (fondateur du mouvement), Seb (source d’inspiration pour la base Sébastien de Panda Pixela), Thanos (ayant également inspiré une base mais ayant aussi des oeuvres publiées sur le site), Cochonou (inconnu dans le milieu du Pixel Art Obscur), Mirlouf (selon la légende, il n’existerait pas) et moi-même. Les textes sont parodiques, le principe étant de reprendre des succès de la variété française, des génériques de séries TV/dessins animés ou même des chansons de publicité et de les détourner (il y a quelques exceptions avec des tubes internationaux).

 

Parle-nous des travaux publiés avec les Jumping Stools

Trois albums ont été enfantés : Tous les SPAMs de Gamee (2001), premier album assez ésotérique puisque destiné aux membres des forums internet sur lesquels nous trainions (feu Gamee.com mais également les forums du site FFWorld). A redécouvrir pour les fans du groupe. George Bush (2002), album engagé mettant à découvert le véritable visage du président américain. George W. Bush est en effet une source inépuisable d’inspiration pour les Jumping Stools. On en regretterait presque la fin de son mandat présidentiel7. Beauf Collection (2003), album brisant tous les tabous avec des textes aussi drôles qu’un sketch d’Eric Thomas et aussi bien écrits qu’un spectacle de Michel Leeb. Le groupe est toujours en activité mais travaille depuis 2003 sur un gros projet de comédie musicale : Le Projet B.N. (working title). A noter un single L’amour à la George Bush bientôt dans les bacs et une compilation d’inédits ou de versions alternatives prochainement8. Les trois premiers albums sont quelques fois trouvables (à titre gratuit puisque déposé en libre service dans les rayons par l’un des membres) dans une des deux FNAC de Lyon.

 

Parles-nous des trois oeuvres sur des bases Panda Pixela publiées sur Zircanews1, Que le diable m’enschtroumpf !, Benny B : anges ou démons ? et Carré d’as meurtrier et musical9. D’où te sont venues les idées ?

Ces trois oeuvres avaient été créés pour Panda Pixela, mais les mises à jour du site ont été stoppées avant leur publication. Concernant leur contenu : Que le diable m’enschtroumpf est né d’une constatation que dans une communauté comme celle des Schtroumpfs, aucun membre n’est vraiment mauvais, le danger vient souvent de l’extérieur (Gargamel, Grossebouf, la mouche Bzz, …), sauf quelques exceptions (comme la gentille guerre civile opposant Schtroumpfs du nord et Schtroumpfs du sud dans l’album « Schtroumpf vert et vert Schtroumpf » et la prise de pouvoir d’un Schtroumpf instaurant une monarchie au village dans « Le Schtroumpfissime » mais qui prendra conscience de sa bêtise). Le peuple en lui-même est finalement très utopique. J’ai donc imaginé ce Schtroumpf diablotin à partir de la base Dante de Panda Pixela, censé représenté tout le mal enfouit dans le subconscient de la centaine d’habitants du village des lutins bleus. Benny B anges ou démons ? est partit d’une réflexion sur la dualité des rappeurs commerciaux du début des années 90 coincés entre la révolte et l’approbation des principes imposés par la société. Carré d’as meurtrier et musical est une oeuvre abstraite à travers laquelle je dénonce la dépendance aux jeux d’argent symbolisés par les quatre couleurs d’un jeu de carte classique (référence au poker et au black jack par exemple). Le personnage que je représente est mutilé par cette dépendance qui va le priver petit à petit de ses fonctions vitales. Le côté musical de l’oeuvre, représenté par les notes de musique, est là pour atténuer la violence de la dégradation physique du personnage (la musique adoucissant les moeurs).

 

Pourquoi une référence à Benny B. ?

J’ai un faible pour les artistes éphémères, passés de mode ou n’ayant pas su gérer leur carrière. Benny B regroupe ses trois catégories. Par ailleurs j’avais déjà mis en avant ce groupe dans un album des Jumping Stools en détournant « Dis-moi bébé » en « Dis-moi Guybet » en hommage au comédien Henri Guybet.


Tu es un vieux routier du Pixel Art Obscur, pourtant tu as attendu Allégorie du tractopelle pour publier une création entièrement originale. Qu’est-ce qui t’a fait sauter le pas ?

A vrai dire, je n’ai pas eu de pas à sauter puisqu’après avoir fait le tour des bases de Panda Pixela j’avais prévu de créer des oeuvres complètement originales. C’est d’ailleurs le cas avec la galerie inachevée des « Douze travaux de Papy Herman ». Après une pause de deux ans10, je n’ai pas encore eu le courage de terminer cette saga qui demande beaucoup d’effort de mise en scène. J’ai voulu me faire la main et reprendre mes aises sur des créations indépendantes. Allégorie du tractopelle est donc la première de celles-ci.

 

Peux-tu nous en dire plus sur tes sources d’inspirations pour cette oeuvre ?

Il y a actuellement un lotissement en construction a côté de chez moi. Un matin j’ai été réveillé par le moteur d’un tractopelle qui m’a d’ailleurs nargué toute la journée chaque fois que je mettais le nez à la fenêtre. L’image d’un tractopelle psychopathe m’est alors venue à l’esprit, je l’ai naturellement exprimée via le Pixel Art Obscur. J’ai par ailleurs une grande admiration pour ce véhicule de chantier des plus élégants symbolisant la puissance et le progrès.

 

Gaucher s’adonnant au Pixel Art Obscur de la main droite est un concept en soit. D’où t’es venu l’idée ?

Mon plus jeune fils s’était endormi dans mes bras. En attendant qu’il tombe dans un sommeil profond et que je puisse le poser dans son lit sans risque de le réveiller, je m’étais installé à mon bureau et je consultais ma messagerie de la main droite (je suis gaucher) car mon bras gauche était monopolisé par mon fils. Je suis loin d’être ambidextre et voyant le mal que j’avais à manipuler la souris de la main droite et à taper au clavier avec cette seule main (j’ai l’habitude d’utiliser les deux, voir ma main gauche seule si je fais autre chose à côté), je me suis dit que composer une oeuvre Pixel Art Obscur de la main droite serait très laborieux. Joignant le geste à la pensée, j’ai voulu faire un test et la mise en abîme est venue d’elle-même vu que la première idée qui m’ait traversé l’esprit est de représenter ce que je tentais de faire. J’ai baptisé cette technique « cacodextrie » (littéralement du grec « mauvaise main » ). J’en revendique la paternité.

 

Est-ce que le concept « Les yeux fermés » de Panda Pixela t’a inspiré ?

Non, je n’y ai même pas pensé sur le coup. C’est vrai qu’en y réfléchissant, la cacodextrie pourrait très bien faire l’objet d’une nouvelle rubrique dans Panda Pixela, le concept étant dans le même esprit que « Les yeux fermés ».

 

Sur tes influences et ta méthode de travail :

 

Quelles sont tes influences en matière de création graphique ? Y-a-t-il des peintres, des cinéastes, des photographes que tu aimerais citer ?

J’aime beaucoup Picasso, pas vraiment pour ses peintures mais plutôt pour ses autres activités : il a, par exemple, créé un modèle de voiture bien pratique pour Citroën (*rires*). Sinon je citerais les oeuvres surréalistes de Dali ainsi que les trompes l’oeil et illusions d’optiques d’Octavio Ocampo et de Maurits Cornelis Escher. Côté cinéma, j’ai un panel plus ouvert de réalisateurs fétiches.  Concernant uniquement l’aspect graphique je citerai par exemple David Lynch, Sergio Leone, Darren Aronofsky, David Fincher, Michel Gondry, Terry Gilliam, Shinya Tsukamoto (que j’ai déjà cité tout à l’heure), certaines périodes de la longue filmographie d’Alfred Hitchcock et les premières oeuvres de Sam Raimi et Peter Jackson. Lynch et Leone pour leurs cadres soignés et bien pensés, bien que leur style soit très différent, ils puisent tous deux leur inspiration dans la peinture. Côté montage, Lynch encore une fois mais aussi Aronofsky et Fincher dans un style bien différent du premier. Gondry et Tsukamoto pour les idées totalement barrées et la manière dont ils exploitent le concept de base jusqu’au bout avec leur sens de la bricole, même si le cinéma de Tsukamoto se rapproche plus de celui de Lynch, Gondry, lui, expose sa folie sur des sujets beaucoup plus légers et à tendance humoristiques à l’instar de Terry Gilliam sauf que ce dernier reste beaucoup moins classique dans la construction et le traitement de ses histoires. En ce qui concerne Hitchcock, j’admire surtout la plupart des techniques de mise en scène et de montage qu’il a expérimenté et qui sont aujourd’hui reprises par de nombreux réalisateurs. Enfin, pour Raimi et Jackson, bien que je ne dénigre pas leur filmographie récente, j’ai une grosse préférence pour leurs débuts dans le cinéma d’horreur et le rendu graphique de ces oeuvres malgré des moyens plus que modestes. Pour Jackson ça se traduit surtout par la qualité des effets spéciaux, du maquillage et du montage, le second misant beaucoup plus sur la virtuosité de la mise en scène et son talent à manier la caméra. Bien sûr en tant que passionné de cinéma, ma liste est encore longue, je pourrais cité en vrac George Romero, Quentin Tarantino, David Cronenberg, John Carpenter, Albert Dupontel, Gaspard Noé, Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Inarritu, certaines périodes de Tim Burton et de Steven Spielberg, les comédies bien lourdes des frères Zucker et de Jim Abrahams ainsi que certains metteurs en scène spécialisés dans le nanar comme Bruno Mattei, Edward D. Wood Jr., Max Pécas, …

 

Est-ce que tu zoomes beaucoup pour tracer ?

Oui c’est systématique. Je trace généralement le gros du dessin en taille normale puis je zoome pour peaufiner les détails.

 

Utilises-tu souvent le dessin pixel par pixel ?

Ca m’arrive mais uniquement pour corriger certains débordements, ou pour arranger un contour particulier. J’essaie le plus possible d’exploiter un premier tracé approximatif et spontané, c’est aussi ce qui différencie le Pixel Art Obscur du Pixel Art : transmettre directement l’idée du cerveau à l’écran, voir ce que ça donne et l’exploiter tel quel si possible. A trop utiliser le pixel par pixel, on en vient à basculer dans le Pixel Art (que je ne dénigre pas mais c’est un tout autre domaine).

 

Quel sont tes logiciels favoris ?

Par définition les plus simples à utiliser et donc ceux proposant le moins de fonctionnalités : Paint sous Windows ou XPaint sous Linux. J’ai essayé de créer sous The Gimp mais au vu de mes méthodes de travail, les deux applications suscitées sont bien plus fonctionnelles et moins lourdes à manipuler. A la limite je pourrais utiliser une vieille version de Paint Shop Pro (la 4.0) que je connais bien et avec laquelle le zoom est plus précis. Il me semble même que je m’en suis servi pour les finitions des cinq Papy Herman.

 

As-tu besoin d’une ambiance particulière pour travailler à ton art ? (musique, etc.)

Non, je ne me mets pas en condition particulière vu que les idées me viennent souvent spontanément et que j’ai besoin de les retranscrire dans l’immédiat, sans l’aide d’artifice extérieur pour me concentrer puisque le dessin est déjà constitué en totalité dans mon esprit. Il peut m’arriver de travailler en musique si j’en écoute au moment où l’idée me vient mais cela n’a aucune influence sur le résultat.


Quel genre de livres aimes-tu lire ?

Divers genre allant du classique au contemporain mais j’ai un faible pour le policier (Agatha Christie, Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux, …), la science-fiction (Philip K. Dick, Ray Bradbury, …) et le fantastique (Richard Matheson, Stephen King, HP Lovecraft, Dean R. Koontz, …).

 

Y-a-t-il des auteurs dont l’univers t’influence dans ton travail ?

Le Pixel Art Obscur est art exclusivement graphique, je ne suis donc que très peu influencé par la littérature. Si ce n’est la bible pour Jésus était un beauf et les récits de la mythologie grecque pour les douze travaux de Papy Herman. Mais, à part Homère qu’on associe à l’Iliade et l’Odyssée, on ne peut pas vraiment parler d’un auteur particulier pour ce genre d’écrits.

 

En matière de musique, quels sont tes groupes/tes artistes préférés ?

J’ai une culture très rock avec un éventail de goûts assez large dans le genre. Cela va du punk-rock, avec The Clash, Bad Religion, Hüsker Dü, Descendents (et donc All par extension) ou encore NOFX, à l’alternatif/pop rock du type Pixies, Sonic Youth, Velvet Underground, Radiohead, Depeche Mode en passant par divers groupes issus du grunge, Nirvana en tête ainsi que Pearl Jam et Les Thugs, bien qu’Angers soit assez éloigné de Seattle, j’ai toujours associé ce groupe à ce mouvement. Bref principalement de vieux groupes ayant 20 à 30 ans d’existence hormis Foo Fighters, Queens of The Stone Age et, plus récemment, Serafin (ex Stony Sleep, tout aussi excellent). Côté francophone, j’ai un faible pour les groupes découverts par le label Adone, des festifs Fatals Picards et Lasexbomb aux alternatifs Petits Bourrettes, récemment rebaptisés LPG Club et des classiques comme Noir Désir, Louise Attaque ou Ludwig Von 88.

 

Enfin, qu’est-ce que tu écoutes ces temps-ci ?

« L’expédition », dernier album des québécois Cowboys Fringants qui m’avaient déjà bluffés avec « La Grand Messe » ainsi que l’excellent « Svn Fngrs » : après une pluie d’albums « biens mais pas tops », Frank Black prouve qu’il a encore ses ressources d’antan. Il a d’ailleurs repris, l’année dernière, le pseudo Black Francis de l’époque des Pixies.  

 

Propos recueillis par Shangri-l 

 

Annotations :

  1. Ancien nom de ZC Virtual Underground Art Gallery.
  2. Nous rappelons à nos visiteurs que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
  3. Nous avons malheureusement la réponse aujourd’hui : Sim est décédé le 6 septembre 2009 (8 mois après cette interview).
  4. Il s’agit respectivement de Cocktail : Martini / Harpic WC et de Michael Bolton, Olympia, 2000.
  5. Ces deux oeuvres ont heureusement été retrouvées depuis et sont publiées sur ZC Virtual Underground Art Gallery.
  6. L’oeuvre dont il s’agit est Coulo, Le Faon Cul De Jatte.
  7. George W. Bush était encore au pouvoir au moment de cet entretien.
  8. Le single inédit L’amour à la George Bush sera inclus dans cette compilation.
  9. Toutes les oeuvres du morse des mers hébergées sur Panda Pixela ont depuis été publiées sur ZC Virtual Underground Art Gallery.
  10. La saga a été reprise après quatre ans d’interruption et de nouvelles oeuvres de la gallerie devraient prochainement être publiées sur ZC Virtual Underground Art Gallery.

  

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