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Interview de Quatrelle sans elles du 05/10/2010

Interview de Quatrelle sans elles

 par Le morse des mers

  

  • Interview réalisée le 05/10/2010
  • Dernières annotations le 07/10/2010

  

Quatrelle sans elles est issu de la troisième génération de pixel artists obscurs, génération n’ayant pas connu le lancement de Panda Pixela et de Zircanews1. Néanmoins, il a su rapidement s’imposer dans le domaine grâce notamment à ses capacités à se fondre dans divers styles distincts découlant sur un éventail d’oeuvres exotiques...

  

Comment as-tu découvert le Pixel Art Obscur ?
Grâce a une rencontre avec Le morse des mers qui m’a présenté le mouvement.

Pourquoi avoir choisit de promouvoir ton art en publiant tes oeuvres sur ZC Virtual Underground Art Gallery ?
Pour la notoriété et la reconnaissance entre artistes.

Tu es le premier artiste de la nouvelle vague Pixel Art Obscur (c’est à dire post Panda Pixela) à utiliser des bases du Panda comme le témoigne ta toute première oeuvre Je suis vert, mon para…, suivie plus tard de La petite fille moche et son ballon. Voulais-tu rendre hommage au fondateur du mouvement ou manquais-tu d’assurance pour te lancer directement dans des oeuvres 100% originales ?
C’est effectivement un clin d’oeil au père fondateur du mouvement mais aussi aux responsables du site.

La base Giacometti semble te fasciner, y a-t-il une raison particulière à cela ?
Tout simplement parce que je trouve le personnage beau et gracieux.

Au delà de l’utilisation de cette base, Je suis vert, mon para… fait preuve d’une grande maturité pour une première oeuvre de part le soin apporté aux divers éléments. Considères-tu cette première incursion comme expérimentale ou avais-tu une idée précise du résultat avant la conception ?
En fait, Je suis vert, mon para… n’était pas un coup d’essai. Pour tout vous dire j’avais déjà deux ou trois oeuvres à mon actif. En effet, j’ai commencé à faire du Pixel Obscur sans le savoir, sur Atari 520.

Perspective de chiotte2 est une représentation quasi fidèle de tes propres toilettes. Quelles étaient tes motivations pour la réalisation de cette oeuvre ?
C’est la perspective qui m’inspirait avant tout, l’idée du chiotte est venu plus tard.

Après, le surréalisme et la nature morte, tu t’essaies à un tout nouveau style avec Trouve ta voie…, qu’on pourrait qualifier d’oeuvre ludique. Voulais-tu faire passer un message particulier avec cette oeuvre ou s’agit-il d’un simple détournement des jeux de labyrinthes que l’on trouve dans les revues pour enfant ?
Je voulais provoquer la reflexion aurpès de mon public en lui montrant qu’il y a plusieurs chemins pour arriver à un même point.

Il pleut sur l’éléphant bleu rappelle l’imagerie des livres pour jeunes enfants. Recherchais-tu précisément ce rendu graphique ?
Tout a fait , cela découle même directement de ma méthode de travail : je cherche une idée en laissant mon esprit vagabonder puis dès que j’entrevois une scène ou un concept, je finalise immédiatement mon oeuvre, expurgée de tout détail superflu.

L’escargot la tête en haut reste dans la lignée de l’oeuvre précédente dans le style graphisme enfantin avec une pointe de surréalisme. Exprimes-tu des idées particulières à travers ces oeuvres ou est-ce uniquement le fruit d’une inspiration purement esthétique ?p
L’escargot la tête en haut ainsi que Il pleut sur l’éléphant bleu et Ma trace de ski sont des oeuvres que je qualifierais d’inspiration crayon jeté. C’est à dire qu’elles représentent l’imagerie brute renvoyée par mon cerveau au moment où l’idée y a germée.

Cette esthétisme est conservé sur Le papillon masqué3 mais cette oeuvre tranche totalement avec les deux précédentes via la violence de la scène représentée. Cherchais-tu à surprendre ceux qui s’attendaient une nouvelle oeuvre innocente à l’instar des deux précédentes ?
Le papillon masqué est une oeuvre que l’on peut qualifier de sanglante en effet, tout comme Mr Lapin n’a plus faim. Je voulais, par ce biais, me démarquer et montrer l’étendu de mon style.

Tu remets une nouvelle fois en scène la base Giacometti pour les besoins de La petite fille moche et son ballon, une oeuvre magistrale qui mixe les styles expérimentés précédemment. Marques-tu ici le début d’un nouveau cycle dans ton oeuvre (symbolisée par la présence de Giacometti, base à l’origine de ton initiation dans le domaine) ?
Je voulais mettre en scène Giacometti dans un tableau réel. Cette scène peut etre tout a fait credible et pourtant elle est completement imaginaire.

La femme canon affirme ta maîtrise graphique et ton côté ludique avec le double sens du terme « canon ». Considères-tu cette création comme une oeuvre rébus, c’est à dire une représentation graphique d’un terme faisant office de titre ?
Tout a fait , je voulais faire une oeuvre a double sens. J’a passé beaucoup de temps sur  ce personnage qui n’ a vraiment pas été évident a réalisé.

Tu t’es ensuite essayé à une série d’oeuvres sur le thème de la du monde de football en détournant les codes de ce sport : gradins à moitié remplis (Coupe du monde de foot : France – Andorre), piscine et patinoire reconverties en stade (respectivement Coupe du monde de foot sans touche et Coup du monde de foot sur glace). D’où te sont venues ces idées ?
Je voulais réaliser des oeuvres faisant référence à l’actualité4, bien que nous étions à trois mois des festivités, la coupe du monde commençait déjà à envahir les médias.

Tu enchaines ensuite par Ma trace de ski, souhaitais-tu revenir aux fondamentaux du Pixel Art Obscur avec cette oeuvre graphiquement épurée mais non moins percutante ?
Ma trace de ski est une oeuvre qui se veut simple mais que j’apprécie particulièrement. Elle me rappelle des tas de souvenirs, des paysages, des moments sur mes skis…

As-tu été inspiré par des oeuvres du Panda tels Perdu sur la banquise ?
Probablement. Il se peut que cette oeuvre ait marqué mon subconscient et m’ait de ce fait inspiré inconsciemment Ma trace de ski, mais ce n’est en aucun cas une copie ou une adaptation, la référence n’est pas intentionnelle.

Après cette oeuvre, tu publies La fille dans la galerie d’art qui contrairement à Ma trace de ski est d’une maîtrise graphique, esthétique et poétique totale. Peux-tu nous expliquer le choix des couleurs sur cette oeuvre ?
J’ai choisi le gris pour donner un style contemporain, gris terne, répétitif et fade avec une touche de jaune pour symboliser l’espoir et la vie tout simplement.

Cette représentation paraît extrêment réaliste, as-tu été inspiré par une scène dont tu as été témoin ?
Non pas particulièrement ou alors il s’agit encore une fois de quelque chose enfoui dans mon subconscient. En tout cas je n’ai pas le souvenir d’une telle scène dans la vie réelle.

A boire patron ou je tue la souris blanche reprend le concept de l’imagerie enfantine associé à la violence du Le papillon masqué. Comment as-tu imaginé cette oeuvre surprenante ?
Traditionnellement, la base même d’un dessin s’esquisse d’un crayonné noir sur un fond blanc. J’ai voulu inverser cette tendance en permutant les deux couleurs et donc dessiner en blanc sur un fond noir. En m’essayant à cet exercice, je suis tombé par hasard sur ce personnage, j’ai donc continué mon dessin sans vraiment réfléchir à la finalité et cela a abouti à cette oeuvre.

Ma Xsara Picasso façon Picasso5 est totalement en décalage graphique avec ce que tu publies habituellement. Quelles étaient tes intentions au moment de la conception de cette oeuvre ?
J’ai voulu réaliser une oeuvre en m’inspirant d’un style artistique proche de MonsieurPaulLeBoulanger avec son oeuvre Si Rothko avait bossé sous paint 2.

Tout comme Trouve ta voie…, « Intercontrat de » en 40 points est une autre oeuvre ludique inspirée par les jeux pour enfant. Voulais-tu instaurer une sorte d’interactivité dans le Pixel Art Obscur avec ce type d’oeuvre ?
Je me trouvais dans une situation pas facile à gérer personnellement et je voulais faire passer le message de manière artistique.

Voulais-tu dénoncer la politique de certaines SSII à travers cette oeuvre et le message en émanant ?
Certainement…

Alfred le canard en mode approche se rapproche graphiquement de La fille dans la galerie d’art. Cette dernière représentait une scène immobile alors que là le personnage central est en mouvement. Voulais-tu opposer ces deux oeuvres en terme d’action ?
J’ai proposé cette oeuvre comme une suite de la précédente. Elle représente un atterrissage, un changement d’action, de mouvement. Elle nous montre que le temps n’est  pas figé que l’on peut atterrir ou changer d’élément. C’est une oeuvre contre la fatalité.

C’est la première fois que tu baptises l’un de tes personnages, y a-t-il une raison particulière ? Le choix du prénom Alfred était-il arbitraire ?
Alfred est un prénom que j’aime bien et que je trouve sympa pour un animal.

 

Tu mélanges encore une fois tes différents styles dans Mr Lapin n’a plus faim. Au final cette oeuvre mèlent de nombreux thèmes qui te sont chers tout en évitant une surenchère graphique. Comment as-tu réussi cet exploit ?

Je n’ai pas tellement cherché un quelconque exploit. L’idée s’est présentée, j’ai pris ma souris et je me suis laissé guider par l’image que j’avais en tête.

 

Le pingouin et son ombre provoque un sentiment de solitude à l’instar de La fille dans la galerie d’art. Exprimes-tu une angoisse particulière à travers ces oeuvres ?
J’ai peut-être effectivement voulu exprimer un sentiment de solitude que j’ai parfois ressenti durant mon enfance, je ne sais pas, je ne fais pas d’analyse profonde de mon oeuvre, je laisse les psychologues en herbe creuser si ça leur chante…

Cette oeuvre, très poétique, est à l’opposé de tes premières représentations animalières. Est-ce le résultat d’une progression dans ton style ou voulais-tu dégager d’autres thèmes et d’autres sensations à travers cette création ?
Oui tout à fait, je pense que mon style évolue au fil de mes créations car je prends soin de ne garder que les bonnes choses et d’y ajouter de nouveaux éléments à titre d’expérimentation.

Dans Vive les vacances à la mer, tu renoues avec le style instauré dans la série « Coupe du monde de foot ». Cette oeuvre est-elle autobiographique ?
Un peu comme le stade de foot, c’est un thème d’actualité mis en forme. J’ai voulu montrer le côté désenchanté des vacances en bord de mer, à savoir la foule et le stress de la marré humaine. Je suis peut-être un vrai solitaire en fait…

Ta dernière oeuvre en date Mister l’Ane regardant passer une étoile filante un soir d’été rend-elle hommage à Ane ânonnant aux âmes damnées dans un décor champêtre de Discobilly ?
Non pas particulierement. En fait j’étais parti pour faire un chien, mais ma souris en a décidé autrement.

Outre le Pixel Art Obscur, tu as également participé au Moellon Project avec trois oeuvres très appréciées des amateurs de moelloning : Un banc deux places, Moellons en week-end et Moellons en vitrine. D’où t’es venu l’engouement pour ce mouvement contemporain ?
Lorsque j’ai découvert ce mouvement, j’ai trouvé cela énorme et complètement artistique n’en déplaise aux détracteurs. J’ai voulu apporter ma pière à l’édifice du Moellon Project.

Que pense-tu des oeuvres des autres artistes publiant sur ZC Virtual Underground Art Gallery ?
J’aime beaucoup les oeuvres du site et je suis assidument chaque publication. C’est un réel bonheur d’admirer ces créations faisant état d’un talent imaginatif hors du commun.

As-tu d’autres activités, artistiques ou non ?
Un peu sculpture à mes temps perdus…

Propos recueillis par Le morse des mers

 

 

Annotations :

  1. Ancien nom de ZC Virtual Underground Art Gallery.
  2. Il s’agit de la première oeuvre Pixel Art Obscur à avoir fait l’objet de produits dérivés (dans un cadre privé) : une impression mise sous cadre et deux impressions dédicacées.
  3. Certains sont en droit de se demander pourquoi cette oeuvre ne figure pas dans la galerie zoologique. Tout simplement parce que Quatrelle sans elles considère que le personnage du Le papillon masqué n’est pas un animal mais un homme sous un déguisement.
  4. Ces oeuvres ont été publiées le 30 mars 2010, aux prémices du tapage médiatique lié à l’édition 2010 de la Coupe du Monde de Football de la FIFA.
  5. Deuxième oeuvre à être déclinée dans un format dérivé, toujours dans un cadre privé. Elle a fait l’objet d’un agrandissement 40*50cm mis sous verre dans un cadre en bois.

Interview de Discobilly du 10/12/2008

Interview de Discobilly

 par Shangri-l

  

  • Interview réalisée le 10/12/2008
  • Dernières annotations le 10/08/2010

  

Discobilly fait parti de la deuxième vague d’artistes (c’est à dire post Panda Pixela) à rejoindre la sphère du Pixel Art Obscur. Il a imposé un style unique et inimitable à base de tracés épais, de techniques de remplissage complexes et de reliefs bien pensés. Il n’hésite pas à titiller la frontière séparant le Pixel Art Obscur du Pixel Art de part son sens de la mise en scène, ses idées ingénieuses et son humour décapant.
Entretien avec l’artiste le plus précoce du mouvement et déjà l’un des plus complets…

  

Comment as-tu connu le Pixel Art Obscur ? Qu’est-ce qui t’as poussé à t’y mettre ?
Tu pourrais le raconter à  ma place (*rires*). C’est Shangri-l qui m’a initié. Il m’avait présenté le site Panda Pixela, mais c’était à  une époque où il était inactif. Quand il a décider d’ouvrir une page PAO pour publier ses nouvelles oeuvres, j’ai décidé de m’y mettre.

  

A propos de ton style. C’est une rupture radicale avec ce que l’on pourrait appeler l’école classique du Pixel Art Obscur. Comment le définis-tu ? Est-ce simplement un mélange de tracés à  la brosse « point épais » et d’ombrages et de dégradés travaillés ?
Pour la deuxième question la réponse est oui. Rien de compliqué, j’affine et je découvre de nouvelles techniques à  chaque nouvelle création, j’utilise une palette de couleur complète, j’ai rapidement cédé au calque, je n’hésite pas à  refaire un trait qui ne me convient pas. Pour le style, je suis allé d’emblée au feeling, sans trop prendre en compte les « règles » d’un genre qui s’établit sur une parodie d’un autre genre que je ne connais absolument pas. J’ai pu constater un accueil assez froid des amateurs de Pixel Art conventionnel. Ils disent que je fais plutôt du MS Paint-Art, ils ont peut-être raison. C’est un peu comme si je prétendais faire du punk parodique en jouant un genre de métal, sans rien savoir ni de l’un ni de l’autre. De quoi se faire mal voir des deux écoles.

  

An eye for an eye, a loss for a loss est ta première oeuvre. D’où t’es venu l’inspiration pour ce sujet frappant ?
Fallait se lancer, j’ai fait la première chose qui me soit passé par la tête. L’utilisation des traits gras est venu spontanément.

  

Ane ânonnant aux âmes damnées dans un décor champêtre,  voilà  la première apparition d’un thème qui va devenir récurent dans ton œuvre : le règne animal. Sais-tu d’où te vient cette fibre animalière ?
Ça doit être enfantin. Quand j’étais môme, j’adorais dessiner des animaux. Y compris une bonne proportion de dinosaures.  Et puis mes peintures préférées sont des oeuvres animalières : ce sont celles de Lascaux. Mais ce dessin est celui que j’aime le moins. Avec des ombres, ça irait mieux. Et puis quel titre de merde. Je devrais la renommer « Hommage à  Boronali1, » ça lui donnerait un semblant de sens.

  

Elephantom met également en scène un animal, mais sous forme spectrale. D’où t’es venue l’association d’idée éléphant-Fantôme ?

Ben, un mot-valise.

  

Le thème de Dracula from outer space est original. D’où vient-il ?
Ouh-là , on est parti pour commenter les oeuvres une par une ? (*rires*) Là , ça vient de l’imagerie « pulp, » une culture populaire américaine un peu nostalgique, à  la fois geek et rock.

  

Homme maintenant un tyrannosaure à  distance respectable à  l’aide d’un briquet et d’une fourchette évoque Georges de La Tour2 avec ses jeux travaillés d’ombre et de lumière. Comment as-tu eu l’idée de cette mise en situation ?
Mon but était de représenter un homme, je n’en avais pas encore fait avant. Comme j’avais expérimenté les dégradés dans Dracula from outer space  j’ai voulu le refaire, et ça m’a amené à faire les ombres projetée par la flamme. Le double contour de l’ombre du personnage est accidentel, mais j’ai trouvé que ça rendait bien.

 

Pin-up n°1 n’a pas eu de suite. Pourquoi ?
Prévoir une reprise de la série au printemps prochain. Les hormones, tout ça…

 
Comment as-tu imaginé le personnage de Hubert de Hubert, le zombie affilié aux forces du bien, surveille une conversation entre la nièce de Chavez et le petit-fils de Khadafi ? Par ailleurs, c’est une oeuvre chargée politiquement. D’où t’es venue la volonté de te placer sur le terrain des oeuvres à  caractère politique ?
Je voulais un personnage de zombie (l’influence « pulp ») affilié au force du bien, avec un nom rigolo, et le montrer in-situ, dans son combat contre les forces du mal. J’ai personnifié ces forces du mal par des personnalités réelles pour ancrer le personnage de Hubert dans le réel. Parce que sinon, personne n’y croira, à  mes histoires de zombies… J’ai pris Khadafi et Chavez, mais qu’on ne s’y trompe pas : je ne suis pas sectaire et j’aurais très bien pu prendre Ahmadinejad et Castro. Hubert réapparaîtra peut-être plus tard.

Est-ce que je te demande si ta grand-mère fait du vélociraptor mélange le thème animal qui t’es cher avec l’imagerie d’un personnage chargé affectivement. Qu’est-ce qui t’as poussé à  faire référence à l’archétype d’un personnage familial, en l’occurrence la grand-mère, pour cette oeuvre ?
Encore un mot-valise. Je crois que l’idée m’ai venu alors que sur Internet un type en chambrait un autre sur son âge supposé. « T’as déjà  vu des dinosaures ? lol. » Je me suis dit qu’à  la place de l’autre, j’aurais répondu « Est-ce que je te demande si ta grand-mère fait du vélociraptor ? mdr » Frustré de n’avoir pu sortir ce bon mot, j’en ai fait un dessin. Dommage, je ne pourrais pas angliciser le titre, mais le dessin se défend bien. Je crois que c’est mon préféré.

Encore un coup du tueur à  la petite cuillère met en scène un personnage absent qui n’apparaît que par ses traces sur les lieux du crime. C’est un procédé courant des séries policières. Les séries policières t’ont-elle inspirées ? Si oui, lesquelles ?
Oh oui ! Les Experts, Les Experts : Manhattan et NCIS.

Escargot de combat est une mise en situation particulière reposant sur le thème d’un escargot-soldat. D’où t’es venue l’inspiration ? Est-ce que le chat-soldat de Soldat, Bien Plus Qu’Un Métier, Un Sacerdoce de Shangri-l est une de tes sources ?
Ben non. L’escargot soldat est une vieille idée qui me traîne dans la tête depuis longtemps. Le Pixel Art Obscur l’a fait sortir. Mais au final, il est assez différent de celui que j’avais dans la tête. Dans ma tête, il avait un débardeur. Mais va mettre un débardeur sur un escargot. Ça n’a pas de bras, un escargot !

Search and destroy, ta dernière oeuvre en date, est aussi la plus aboutie. Caméra subjective, pictogrammes, emprunts à  la symbologie des H.U.D., tu es allé loin avec cette oeuvre. Comment as-tu eu l’idée d’associer la vision « Terminator » à la chanson des Stooges ?
C’est ce que cette chanson m’évoque. Elle est antérieure de cinq ans à  l’imagerie de Mad Max et de dix à celle du cyberpunk, mais elle leur fait une excellente illustration sonore.

Comment vois-tu l’avenir du Pixel Art Obscur ? Quels sont tes projets futurs dans ce domaine ?
Pour ma part, continuer. Pour le PAO en général, je ne sais pas.

Tu as placé tes oeuvres sous licence Creative Commons qui autorise leur libre redistribution. Peux-tu nous éclairer sur tes motivations à faire ce choix ?
Pour diffuser des dessins aussi dérisoires dans le grand buzz généralisé, autant ne pas être contraignant sur leur diffusion et le dire explicitement. Mais je ne suis pas un militant du libre. Si quelqu’un veut me passer une commande sous copyright, pas de problème ! Si seulement quelqu’un veut (*rires*).
 
Quels artistes, dessinateurs, photographes, cinéastes ou autres t’influencent dans ton travail ?
En fait, je n’ai pas d’intérêt très poussés pour ces domaines d’expressions. Je m’inspire d’imageries qui me viennent de manière détourné, par le rock, notamment, par des réminiscences d’imageries que j’aimais quand j’étais jeune, celle de la science-fiction, des jeux-vidéos, des bédés du CDI, des Tout-l’Univers qui traînaient chez ma grand-mère, des livres sur les dinosaures. En bédé, je me limite à  Fluide Glacial, j’aime bien Mo/CDM3, je crois que mon style s’inspire pas mal du sien. Et aussi « Pascal Brutal » de Riad Sattouf. « Pascal Brutal », c’est « Astérix reloaded ». En ciné, j’ai des gouts de rocker, entre grands classiques américains et série B d’auteurs, mais je suis léger sur le sujet. En peinture, j’ai déjà parlé de Lascaux, mais je ne me suis pas beaucoup intéressé à ce qui s’est fait ensuite. En photographie, euh, John B. Root, mais je ne me suis pas beaucoup intéressé à ce qui s’est fait avant.

Et en matière de musique, quels sont tes groupes/tes artistes préférés ?
La liste est longue, très rock. Iggy Pop, The Stooges, Pixies, Velvet Underground, Giant Sand, Clash, PJ Harvey, Queen of the Stone Age… J’arrête le name-dropping, c’est gonflant. Bref, surtout de l’américain, rarement du contemporain.

Pour finir, qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
MGMT, un gros buzz du moment que m’a soeur m’a prêté. C’est pas mal.

 

Propos recueillis par Shangri-l

 

 

Annotations :

  1. Boronali, alias Lolo, est un âne connu pour avoir peint la toile « Coucher de soleil sur l’Adriatique » un pinceau attaché à la queue.
  2. Peintre français (1593-1652).
  3. Auteur de la bande dessinée « Cosmik Roger » notamment.

 

Interview de MonsieurPaulLeBoulanger du 02/08/2010

Interview de MonsieurPaulLeBoulanger

 par Le morse des mers

 

  • Interview réalisée le 02/08/2010
  • Dernières annotations le 03/08/2010

  

  

MonsieurPaulLeBoulanger fait figure de nouvel arrivant dans le cercle des pixel artists obscurs. Et pourtant, il s’avère être précurseur malgré lui dans le domaine. En effet, sa première oeuvre officielle a été publiée à la fin du siècle dernier…

 

Comment t’es-tu lancé dans le Pixel Art Obscur ?

Pour tout vous dire, je suis un précurseur qui s’ignore. J’entends par là avoir débuté dans le Pixel Art Obscur bien avant d’avoir entendu parler du mouvement officiel, en 1992/1993. Il s’agissait à l’époque de reproductions (malheureusement perdues) d’oeuvres originales d’illustres artistes. J’ai encore en mémoire ce « Tortue Géniale effectuant un puissant Kaméhaméha sur la gauche les jambes pliées à 90° en tenue orange ».

Comment as-tu connu ZC Virtual Underground Art Gallery ?

Vous savez ce que c’est, on se sent différent mais on sait au plus profond de soit que d’autres sont comme nous. Alors on cherche. Et on les trouve…

Qu’est-ce qui t’a convaincu d’y publier tes oeuvres ?

Le besoin d’extérioriser tout ce qui sommeille en moi principalement. La thune et la coke aussi un peu.
 
Ta première oeuvre, Bernard dans l’espace, a été conçue et publiée bien avant la naissance du mouvement PAO, peux-tu nous raconter la génèse de cette oeuvre ?

Quand je vous disais être un précurseur… cette oeuvre date de la fin des années 1990, j’étais déjà au sommet de mon art. Ce qui m’a d’ailleurs permis de remporter (haut la main je dois l’avouer) le concours Bernard le Canard1. Comme bien souvent, c’est oeuvre est flash, une vision à un moment T. J’ai tenté d’être le plus fidèle possible dans cette reproduction.

 
Le fond noir de l’oeuvre fait totalement ressortir les autres éléments, as-tu longtemps travaillé sur la coloration ?

Maintenant que vous le dites, je n’avais jamais remarqué que des couleurs vives sur un fond sombre permettait de faire ressortir ces couleurs… Une idée à creuser peut-être…

Selon la légende, le fait que tu ais opté pour un trait épais n’était pas vraiment un choix mais plutôt une contrainte car, selon les mauvaises langues, tu ignorais comment modifier la taille du pinceau sur le logiciel utilisé, cette rumeur est-elle fondée ?

Ma foi, je dois bien l’avouer, The Gimp n’a pas toujours été aussi accessible qu’aujourd’hui et mes début ont été pour le moins laborieux…
 

Au final, Bernard dans l’espace rappelle les imageries enfantines phosphorescentes, était-ce ton intention de départ ?

Un peu comme la tête de mort que j’avais eu dans un Pif-Gadget dans les années 80 ? Non, pas du tout. Un canard, aussi Bernard soit-il, n’a jamais ressemblé à un crâne.

Tes deux oeuvres suivantes, Si Rothko avait bossé sous paint 1 et 2, forment un dyptique. S’agit-il simplement d’un hommage au peintre Mark Rothko2 ou voulais-tu aller plus loin en jouant sur l’anachronisme suggéré par le titre (voir l’uchronisme en imaginant que Rothko ait survécu au moins jusqu’à la commercialisation des premiers ordinateurs personnels équipés du système Windows) ?

Un hommage, oui. Et un défi aussi. Je me suis mis au défi de réaliser des oeuvres aussi puissantes et pleines d’émotion que Mark avec une technique tout aussi simple. Je pense avoir pleinement réussi.
 
Peux-tu nous en dire plus concernant le choix des couleurs sur ces deux oeuvres ? Y fais-tu référence à de véritables peintures de Mark Rothko ?

« La pipette est le secret »

Avec Moellon in the Sky with Diamonds, dévoiles-tu un intérêt certain pour le moelloning ou la présence du moellon est-elle due à d’autres motivations ?

Je souhaitais depuis longtemps participer un jour au Moellon Project mais n’en ai eu la maturité et le potentiel que récemment. Le Moellon est l’avenir, « In Moellon I Trust » serais-je tenté de dire…
 

Les Beatles sont aussi source d’influence sur cette oeuvre. Es-tu un fan de ce groupe ? Ou exprimes-tu simplement un intérêt pour la musique en général ?

Qui ? Non, cette oeuvre évoque de manière cocasse et anecdotique une très belle interpretation de François-François3.
 

As-tu été influencé par d’autres oeuvres Pixel Art Obscur comme par exemple Le rat d’eau de la méduse (pour l’aspect oeuvre-rébus) ou Nuance de bleu foncé (pour le fond)4 ?

Non, j’essaye le plus possible de ne pas m’inspirer les artistes qui me suivent (rappellons le, je suis LE précurseur du PAO). J’ai plus puisé dans les rasters Amiga5 des démomakers et autres cieux des scrolling parallax.
 

Quand la technologie se met au service de l’Art, est une oeuvre marquante dans l’histoire du Pixel Art Obscur, à l’origine de la mode des oeuvres ‘QR Code’, peux-tu expliquer brièvement le principe aux néophytes ?

Quand je vous dit que je suis un précurseur ! Pour beaucoup, c’est « faire de la merde avec de la merde ». Mais on en est loin. Parvenir à sublimer un vulgaire code barre, tout multi-dimmensionnel soit-il, le transcender, le faire grandir et lui faire atteindre le rang d’oeuvre référence n’est pas à la portée de n’importe qui. J’ai bien conscience de ne pas réellement répondre à votre question mais il est nécessaire de conserver un peu de mystère… Surtout quand on voit avec quelle facilité n’importe quel adolescent prépubère, aidé par son fidèle Photoshop, se prétend artiste. Faut-il tout déballer sur la place publique ? Bien sûr que non, il faut restaurer et surtout respecter le secret de l’Artiste. Que seraient Messieurs David Copperfield6 ou David Lovering7 sans leur part de mystère?
 

Comment t’es venu l’idée d’associer un codage graphique au Pixel Art Obscur ?

Ne serait-ce pas ce que l’on appelle le Talent ? Non, le QR Code n’a pas qu’une vocation commerciale, et OUI, un QR Code peut-être beau… et en plus faire passer un message commercial, ce qui ne gâche rien.

Penses-tu que ce type d’oeuvre puisse être utilisé a des fins de propagande par des pseudo-artistes mal intentionnés ?

Si faire passer un message est de la propagande, alors oui. Quand vous parlez de « pseudo-artistes mal intentionnés », je pense que vous faites allusions à ces personnes qui m’ont plagié peu de temps après la diffusion du QR Code Originel ?
 

D’autres artistes ont depuis publié des oeuvres QR Code : Shangri-l avec Oeuvre QR Code et Le morse des mers avec Poisson écran plat. Que penses-tu de ces créations ?

Je pense que ma réponse précédente répond pleinement à cette question. Du plagiat. Si je pouvais manger leurs oeuvres, je le ferai, à l’image de Jean-Edern Hallier8 dévorant les (très) mauvais livres.
 

Ressens-tu une fierté à avoir participé activement à l’évolution du Pixel Art Obscur ?

Si je ressens une fierté à avoir fait naître ce mouvement dans le début des années 1990 ? Oui, assurément.
 

Tout comme Moellon in the Sky with Diamonds associait deux formes d’art (le moelloning et la musique), Tueurs NES fait de même avec deux autres domaines : le cinéma et le jeu vidéo. Voulais-tu exprimer deux de tes passions sur cette dernière oeuvre (comme tu as pu le faire sur la précédente) ?

Nintendo m’avait contacté afin de designer plusieurs de leurs produits au milieu des années 80. Mes excellentes propositions ont au final été écartées au profit d’un ridicule petit plombier. Il fallait que je fasse sortir ce démon qui me hantait. Et j’aime assez Oliver Stone.
 

Tueurs NES présente d’autres points communs avec Moellon in the Sky with Diamonds comme le dégradé de couleurs en fond et le côté ‘rébus’. Est-ce là une volonté de lier ces deux oeuvres dans le cadre d’une galerie thématique ? Si oui, envisage-tu d’autres opus sur le même schéma ?

Comme je l’ai déjà dit, le dégradé Amiga fait parti de ma vie, il ressort irrémédiablement, peut-être pas là où on l’attend le plus. En revanche j’ai toujours été mauvais en rébus et n’ai jamais voulu créer le moindre mouvement dans cette direction. Après, si cette thématique est utilisée par d’autre plagieur, je ne pourrais que reconnaitre la paternité de ce mouvement, une fois de plus.
 

Cette d’oeuvre PAO est ta dernière en date, envisages-tu de publier d’autres créations dans un avenir proche ?

 Je suis actuellement en intensive phase de création mais pas artistique. Qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Je pense qu’il me sera dans tous les cas toujours possible de poser les jallons d’un nouveau mouvement…
 

Que penses-tu des autres artistes publiant sur ZC Virtual Underground Art Gallery ?

Certains sont respectables et indéniablement bourrés. De talent j’entends. D’autre moins. Vraiment moins.
 

Peux-tu nous citer quelques oeuvres ayant retenues ton attention parmi celles de ces artistes ?

Oui, j’ai souvenance d’un Ma Xsara Picasso façon Picasso, de Vive les vacances à la mer9 ainsi que d’un Autoportrait10
 

Outre le Pixel Art Obscur, tu t’es également essayé au moelloning en participant au Moellon Project avec Swimming Sainte Maxime. Qu’as-tu tiré de cette formidable expérience ?

Écoutez, pour une fois que je n’étais pas le père du mouvement, je souhaitais participer en toute simplicité. Ce que j’ai tiré de cette expérience ? Du sable dans les chaussures principalement.
 

As-tu d’autres passions ou activités en dehors de l’art underground ?

Assez parlé de moi, si nous parlions de vous maintenant ?
  

Propos recueillis par Le morse des mers

 

 

Annotations :

  1. Concours organisé par le site Bravo La France.
  2. Peintre américain expressioniste (1903-1970).
  3. Sosie grotesque de Claude François campé par Albert Algoud dans l’émission Nulle Part Ailleurs sur Canal+, interprétant le plus souvent des tubes internationaux en français d’une manière très… wizzzz.
  4. Deux oeuvres de Flure.
  5. Ordinateur personnels commercialisé par Commodore. Le plus populaire étant le modèle Amiga 500, principalement apprécié par les gamers et les demomakers.
  6. Célèbre prestidigitateur et illusioniste américain.
  7. Batteur des Pixies.
  8. Ecrivain et critique français (1936-1997).
  9. Deux oeuvres de Quatrelle sans elles.
  10. Oeuvre du morse des mers.

Tous droits réservés © ZC Virtual Underground Art Gallery   

Interview du Panda du 29/12/2008

Interview du Panda

 par Le morse des mers

 

  • Interview réalisée le 29/12/2008
  • Dernières annotations le 28/07/2010

  

  

Le Panda, père fondateur du Pixel Art Obscur, nous fait l’honneur de répondre à nos questions à travers lesquelles il revient notamment sur la génèse du mouvement et la création de son site Panda Pixela, première vitrine du Pixel Art Obscur…


 

Comment est né le mouvement Pixel Art Obscur ?
Le Pixel Art Obscur est né un soir – je crois, oui, que c’était un soir – d’un mois de l’année dont je ne me souviens plus vraiment. Ce fameux peut-être soir là, je discutais avec ma compagne (qui se trouve être également webmestre du site Terra Pixela, blogzine français de référence sur le Pixel Art), du graphisme, et plus précisément, du pixel art traditionnel. Pour plaisanter, après avoir regardé ses créations, je lui ai lancé sur un air de défi : « Moi aussi je peux le faire ! ». Quelques images, quelques mots et, globalement, quelques dizaines de minutes plus tard, Panda Pixela était en ligne et le PAO dans son couffin, prêt à conquérir une partie du monde située, de façon assez indéterminée, entre « Pas du tout d’amateurs » et  » Étonnamment beaucoup d’amateurs ».

Existe-t-il une appellation particulière pour les artistes adeptes du PAO ?

J’utilisais, sur  Panda Pixela, le terme de pixel artist obscur. Libre à qui veut de l’utiliser également. Finalement, c’est surtout ce que ce nom représente qui prime : une envie assumée de s’exprimer par le dessin sans se soucier, ni des canons de l’esthétique, ni de la pédanterie des connoisseurs.

Pourquoi le site Panda Pixela ?
Parce que c’est rigolo. Voilà. Je crois que ça pourrait presque s’arrêter là. C’est rigolo. Si je voulais développer, je pourrais dire que c’est rigolo et qu’en plus, c’est sacrément créatif, mine de rien. Avec Panda Pixela, l’idée était d’ouvrir une fenêtre sur le possible en permettant à n’importe qui de créer sans exigence, ni de compétence, ni de qualité. Ce qui est intéressant, c’est que Panda Pixela a permis de promouvoir une attitude artistique qui peut finalement s’appliquer à n’importe quelle forme d’expression artistique. Vous aimez danser ? Alors dansez ! Peu importe que vos mouvements soient gauches ou que le rythme vous fasse défaut. Vous avez une émotion ou un message à communiquer. Pourquoi devriez-vous vous en priver au nom de l’esthétique ? Tombons les baillons et exprimons-nous sans retenue !

Peux-tu nous parler du contenu du site ?
Panda Pixela a, dès l’origine, été pensé comme un site à la fois personnel et communautaire. Ainsi, il était possible d’y trouver mes oeuvres mais également celles des internautes qui s’essayaient au Pixel Art Obscur. Qu’il s’agisse des unes ou des autres, elles étaient triées par galeries en fonction de la base (une sorte de canevas) utilisée par l’artiste. En plus de cela, Panda Pixela proposait trois autres galeries : une galerie de créations indépendantes, soient des oeuvres libres qui n’étaient réalisées à partir d’aucune base, Monochrome, une galerie à la fois riche, complexe et parfois, je l’admets, légèrement hermétique et Les yeux fermés, dans laquelle se trouvaient des oeuvres réalisées sans les yeux. C’est amusant, car je viens justement de terminer une oeuvre pour cette dernière section, intitulée La bataille de Nagashino (une célèbre bataille de l’histoire du Japon). En outre, le site proposait également un tutoriel permettant d’appréhender plus facilement le Pixel Art Obscur, et ce en expliquant, étape par étape, la création d’une oeuvre de PAO baptisée Rhinocéros avec joues bien pleines broutant un bonhomme de neige lors d’un combat de catch. Ajoutons à cela une section Adoptions et une autre consacrée aux Gifts, et vous comprendrez qu’à l’exception de l’espace interactif, Panda Pixela avait été conçu en prenant pour modèle les sites de Pixel Art traditionnel.

Le site ne se contente pas de présenter tes galeries, il y a une grosse partie interactive où l’internaute peut envoyer ses propres oeuvres. Ne prends-tu pas le risque de te mettre en concurrence sur ton propre site avec tes « élèves » ?
Je n’ai jamais eu l’intention d’instaurer ce type de relation avec les artistes qui me proposaient leurs oeuvres. Je n’avais pas grand chose à leur apprendre, à proprement parler. L’idée était plus, encore une fois, de proposer une approche du dessin qui fasse passer le message de l’oeuvre avant sa fidélité à une esthétique calibrée jusque dans ses dissidences. Il n’est donc pas question, avec le PAO, de concurrence. Si mes galeries sont séparées de celles des autres artistes présents sur le site, c’est simplement parce que Panda Pixela était, à l’origine, un espace personnel d’exposition. Rien de plus. D’ailleurs, c’est amusant car la prochaine version de Panda Pixela sera nettement plus axée sur ce principe d’interactivité et développera plus avant cette dimension communautaire qui est, je pense, absolument primordial à cette entreprise artistique. 
 
Penses-tu que le succès de Panda Pixela est dû à l’interaction qu’il propose ?
Je pense, oui, et c’est tant mieux ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Panda Pixela v.2 développera encore davantage cet aspect-ci du site.

 

D’où est venue l’idée d’imposer des bases pour les oeuvres publiées (bien qu’il y ait une galerie libre) ?

Cela renvoie directement aux pratiques des pixel artists traditionnels qui, sur leurs sites personnels, mettent leurs bases à la disposition de la communauté entière. L’altruisme est un truc que je trouve globalement assez sympa.

 

Peux-tu nous en dire plus sur le choix de chacune de tes bases ?
J’ai choisi mes bases de façon à ce qu’elles soient des ponts qui facilitent l’accès au PAO à des publics très différents. Cette phrase n’est pas très claire, mais je me plais à écrire avec le même esprit que lorsque je dessine. En gros, je voulais toucher un peu tout le monde : pour les amateurs de base de pixel art traditionnel, il y a Narcisse et ses différents visages (renvoyant aux bases de dolls que les pixel artists connaissent bien) ; pour les amateurs d’art conventionnel, j’ai choisi les bases Arcimboldo et Giacometti, deux artistes qui étaient, tout de même, de sacrés bougres foutrement doués ; comme l’amour est un beau sentiment, j’ai décidé d’exprimer le mien avec la base Terra, et d’inviter ainsi tous les amoureux sur le site ; pour les amateurs de barbes, j’ai opté pour la base Thanos, qui a de la barbe et qui donc, je me suis dit, leur plairait puisqu’ils aiment ça, les barbes, les amateurs de barbes ; pour les amateurs de gens qui s’appellent Sébastien, j’ai choisi la base Sébastien, comme ça, c’était pas mal ; pour les aficionados de la diététique un peu bipolaires, Unpredictable banana ; pour les artistes morts lors d’un barbecue, Ghost and Sausages ; pour les amateurs d’art abstrait mais non ce n’est pas abstrait mais si quand même un peu puisque je te le dis que c’est abstrait ne me dit pas le contraire, la base Le martyre d’Ingres, un peu abstraite, quoi qu’on en dise ; pour les gens qui aiment Dante, Dante ; et enfin, pour les gens humbles et les amateurs de style épurés, la base Base. Voilà. J’avais estimé, sur le moment, qu’avec ça, je touchais les dix principales catégories de personnes à la surface du globe.

 

Pourquoi le site n’est plus mis à jour depuis le 23 juin 2006 ?
Le site n’est plus mis à jour depuis cette date pour deux raisons. La première, c’est que techniquement, il était pour moi beaucoup trop contraignant de le mettre à jour au quotidien, et la seconde, c’est que le site a rapidement été piraté. Ne maîtrisant que moyennement, et l’euphémisme, et la chose informatique, réparer les dégâts m’aurait pris un temps fou. De plus, cette dernière mésaventure m’avait paru si absurde que je n’avais pas forcément jugé bon de me battre pour relancer la machine. Je pense que j’ai commis deux erreurs à l’époque : ne pas prévenir les visiteurs du coma dans lequel avait été plongé le site, et sous-estimer la sympathie qu’avait suscitée le mouvement. Puis, au fil des semaines, on m’a régulièrement demandé des nouvelles du site, certains m’ont poussé à le relancer, d’autres reparlaient d’oeuvres qui les avaient touchés (comme Vieil homme nu au grand nez, par exemple, qui a vraisemblablement trouvé son public1). À tous, je répondais la même chose : « Seul, je n’y arriverai pas. Je n’entends rien à la programmation. ». Et puis des mains se sont levées et le projet a repris : Terra m’a proposé de retravailler l’ergonomie du site et son design général et Le morse des mers s’est penché sur les problèmes de programmation  (base de données et gestion des membres). Au final, le projet avance bon train, et Panda Pixela devrait renaître de ses cendres dans les semaines à venir2 : toujours aussi roots et authentique dans l’intention mais plus ergonomique, plus attrayant, plus riche, bref, plus bien. 
 
Que penses-tu de la communauté du site ZC Virtual Underground Art Gallery qui tâche de faire perdurer le PAO parallèlement à Panda Pixela ?
Je pense que cette communauté n’y est pas pour rien dans la renaissance du site puisqu’elle a contribué à ne pas laisser le PAO sombrer dans l’oubli. J’ai trouvé particulièrement extra que l’idée plaise et que des gens se l’approprient et s’en amusent malgré la disparition du site. Je suis allé voir l’intégralité des oeuvres présentes sur le site, et je dois dire que j’ai été fasciné par la palette de perspectives et de styles qu’offraient à apprécier la clique de Zircanews3. Pour parler un peu des oeuvres, j’ai particulièrement apprécier le superbe John Lennon, Eté, Tassin et l’intrigant Mainate Avec Des Pattes De Girafe Fumant Au Clair De Lune La Nuit de Shangri-l ; le surprenant La Morue du brillant Timmy O’Toole, qui intègre au dessin une technique que j’affectionne tout particulièrement, à savoir le collage ; le dérangeant Que le diable m’enschtroumpf !, de mon indécrottable et talentueux camarade, Le morse des mers ; l’absurde Est-ce que je te demande si ta grand-mère fait du vélociraptor ?, de l’excellent Discobilly ; l’enjôleur mais inquiétant White Ants de la surprenante Kiwigirlsclub, qui m’a littéralement transporté ; et enfin, le bluffant Qui a tué Charlie dans la bibliothèque avec le chandelier ? du tape-au-but, Flure, qui est une véritable petite merveille au niveau sémiotique. À titre personnel, j’espère que le nouveau site plaira à ces talentueux artistes et qu’ils se plairont à en devenir un peu les fers de lance. Dès que Panda Pixela v.2 sera mis en ligne, nous aurons besoin de volontaires pour le faire vivre et en faire la promotion. Un grand coup de chapeau, en tous les cas, à tous les dessinateurs de Zircanews3 et un salut tout particulier à un certain Shangri-l pour tout le travail fourni.

Les pixel artists considèrent souvent le PAO comme un art mineur et puéril (exemple de réaction : « ouais je faisais ça quand j’avais 6 ans »), qu’aimerais-tu leur dire ?
J’aimerais leur dire que lorsqu’ils disent avoir produit ce genre d’oeuvres lorsqu’ils avaient 6 ans, ils ont probablement raison, et que c’est tant mieux. Les enfants ont des choses à dire et, lorsqu’ils dessinent, les transmettent sous forme de dessins sans aucune retenue. Au final, c’est en grandissant que l’enfant va se dire que papa ne ressemble pas tant que ça à un bonhomme bâton au sourire figé de clown schizophrène, ni maman à un haricot sec coiffé d’une perruque en gribouillions, et va se censurer pour finalement laisser mourir son dessin et, au-delà de lui, son message. L’idée du PAO est justement de demeurer en permanence dans cet état d’insouciance qui nous protège du silence. En ce qui concerne cette histoire d’art mineur, il faut tout de même remettre les choses à leur place : le Pixel Art Obscur n’est pas un art à part entière mais plutôt une sorte d’expression zen et primordiale du graphisme. L’envie nous prend de dessiner un bonhomme, une maison, une scène confuse de bacchanale endiablée et, sans autocensure, nous y cédons. Le PAO n’a rien de moqueur, et les pixel artists obscurs, par essence, ne créent pas dans le but de singer les artistes traditionnels. Une oeuvre de PAO peut-être parodique ou engagée, mais cette orientation n’est jamais induite, ni par la nature essentielle du mouvement, ni par son intention première.

A quand le retour des mises à jour sur Panda Pixela ?
Mieux que des mises à jour, Panda Pixela va revenir sur la toile dans quelques semaines2. Si le design du site était minimaliste, il n’était pas dans mon intention première de fournir un site qui soit également minimaliste au niveau de la programmation. Panda Pixela était extrêmement pénible à mettre à jour et son ergonomie mal étudiée rendait la navigation relativement fastidieuse. Avec Panda Pixela v.2, l’idée est de proposer un site qui, s’il restera minimaliste au niveau visuel, sera nettement plus ergonomique et plus facile à mettre à jour. L’objectif est double : pour moi, d’avoir un site plus facilement gérable au quotidien ; pour les visiteurs et contributeurs (moi y compris), d’avoir accès à un site communautaire dans la veine, par exemple, d’un Deviant Art, avec des possibilité de commentaires, de favoris, et de galeries par membre.

Enfin, 2 ans et demi plus tard4, peux-t-on connaître en exclusivité les gagnants aux deux concours Géricault n’avait rien compris et C’est la saucisse qui a fait le coup ?
Malheureusement, ils n’ont pas encore été choisis ! Le jury, dont je ne fais pas partie, est prêt, et j’annoncerai les résultats dès que Panda Pixela v.2 sera en ligne ! Stay tuned !

 

Propos recueillis par Le morse des mers

 

 

Annotations :

  1. Cette oeuvre est également l’une des plus consultée sur ZC Virtual Underground Art Gallery.
  2. En projet au moment de l’entretien, le développement de la version 2 de Panda Pixela est depuis en standby. En attendant la reprise du projet, Le Panda a décidé de publier l’intégralité de ces oeuvres sur ZC Virtual Underground Art Gallery et ainsi faire l’honneur d’intégrer notre communauté d’artistes.
  3. Ancien nom de ZC Virtual Underground Art Gallery.
  4. 2 ans et demi au moment de la réalisation de l’interview mais 4 ans au moment de la publication de cette dernière.

Tous droits réservés © ZC Virtual Underground Art Gallery   

Interview de Flure du 02/07/2010

Interview de Flure

 par Le morse des mers

 

  • Interview réalisée le 02/07/2010
  • Dernières annotations le 20/07/2010

  

  

C’est en toute humilité que Flure s’est prêté au jeu de l’interview pour ZC Virtual Underground Art Gallery. L’occasion de revenir sur sa carrière de pixel artist obscur et sur les quatre oeuvres l’ayant faconnée…


 

Comment as-tu connu le Pixel Art Obscur ?

Je crois que c’est par Le morse des mers, je ne me souviens absolument plus comment il a porté cet art à ma connaissance mais c’est forcément par lui que j’ai connu le site de Panda Pixela1, car il me semble c’est la seule personne que je connaisse qui soit en relation avec l’auteur de ce site et créateur du mouvement.

Qu’est-ce qui t’as poussé à te lancer dans la création d’oeuvres Pixel Art Obscur ?

Je trouvais cela amusant, et lorsque Le Panda a lancé son concours sur Le Radeau de la Méduse, j’ai trouvé ça marrant, j’avais dix minutes à perdre… Et je me disais que si un jour ce courant artistique venait à être connu du grand public, j’aurais été parmi les pionniers, et alors à moi la gloire et la richesse, car je ne doute pas que les oeuvres de PAO se vendront un jour chez Sotheby’s !

Tu es effectivement l’un des pionniers du PAO pourtant on ne recense qu’une seule de tes oeuvres sur Panda Pixela et trois oeuvres supplémentaires exclusives à ZC Virtual Underground Art Gallery. Te définis-tu comme un pixelartist obscur occasionnel ou est-ce par soucis de privilégier la qualité à la quantité ?

Je suis définitivement un pixelartist obscur occasionnel, dilettante et procrastinateur. Mais aussi un fin stratège commercial : la rareté de mes oeuvres leur apporteront beaucoup de valeur dans le futur proche où le PAO sera recherché par les plus grands collectionneurs d’art obscur. Un jour, mes oeuvres trôneront certainement aux côtés de H.R. Giger dans les plus grandes galeries du bizarre et décalé !

L’oeuvre publié sur Panda Pixela, Le rat d’eau de la méduse, prend à contrepied les consignes du concours Géricault n’avait rien compris organisé sur ce site mais a tout de même été validé par le jury, comment as-tu réussi ce tour de force ?

J’ai vu les oeuvres qui avaient déjà été postées. La plupart reprenaient la scène originelle en ajoutant un brin d’humour (très bon d’ailleurs), que ce soit par une bulle de bande dessinée2 ou un autoportrait en caméo (je pense notamment à l’oeuvre3 du morse des mers). J’ai été impressionné par la qualité des oeuvres et le travail monumental fourni par les artistes, mais, en bon procrastinateur que je suis, il me fallait trouver un raccourci. J’ai opté pour ce PAO sous forme de rébus, ainsi je privilégiais l’originalité à la qualité du dessin. Je pense que c’est cela qui a séduit le jury.

Ce détournement traduit-il un style provocateur ou une intention particulière autre que provocatrice ?

Aucune intention particulière autre que celle d’aller vite. Je pense que mon art doit s’exprimer rapidement, de manière fluide, avant que ma procrastination ne prenne le dessus et m’empêche de terminer mon oeuvre. Rien de pire pour l’artiste que je suis que de commencer une oeuvre, et de se rendre compte à mi-chemin qu’elle ne sera jamais terminée, jamais publiée, et que la gloire et la fortune sont hors de portée !

 

Cette oeuvre est totalement vierge de toile de fond, les seules éléments présents étant le personnage de la Méduse, le rat et une étendue d’eau. Peux-tu nous expliquer ce choix artistique ?

Je me suis focalisé sur le sujet, et, encore une fois ma flemme a eu le bon sens de me dicter d’éviter les fioritures. Ainsi l’amateur peut passer plus de temps à analyser l’iconographie résultante du traitement décalé du sujet pour mieux appréhender la torpeur de l’âme de l’artiste au faîte de sa créativité.

Au delà du jeu de mot, cette oeuvre à une portée mythologique, es-tu un féru des contes et légendes greco-romaine de l’antiquité ?

J’aime beaucoup en effet, même si je ne suis pas très calé dans le domaine. Lorsque l’idée de la méduse mythologique (une des trois gorgonnes, ces demi-déesses maléfiques de l’antiquité grecque qui avaient le pouvoir de transformer qui les regardait en statues de pierre. Méduse est la plus célèbre, car elle fût vaincue par Persée, qui utilisa le son bouclier tel un miroir pour la vaincre. Enfin c’est ainsi que l’histoire est racontée dans le film « Le choc des titans ») m’est venue à l’esprit j’ai été séduit par son côté maléfique. Le fait de l’associer a un rat renforçait ce côté maléfique. A la base je voulais même donner un visage humain à ce rat, pour établir une référence à la nouvelle « La maison de la sorcière », de H.P. Lovecraft, mais cela était au-delà de mes talents de pixelartiste, aussi obscur sois-je.

Ta seconde oeuvre, Nuances de bleu foncé, détourne encore une fois un concept de  Panda Pixela : le monochrome. Est-ce une forme de rebellion de la dictature pandapixelienne ou une volonté de te démarquer des autres artistes ?

Je ne considère pas qu’il existe une dictature pandapixelienne, bien au contraire je ressens une liberté jamais vue dans aucun autre art (à part le free jazz peut-être, mais ça c’est aussi inécoutable que le romanichel qui fait la manche dans le métro en jouant la lambada au hasard et en boucle sur son accordéon). Non, ce qui m’a poussé à faire un dégradé plutôt qu’un monochrome, c’était encore une fois le rêve de gloire (et de richesse), que j’obtiendrai sans peine grâce au titre que j’estime avoir gagné dans la communauté pixelartobscurienne de part mon innovation dans le domaine, qui a fait avancer le mouvement d’un grand pas dans la couleur !

 

Comment as-tu travaillé les nuances de cette oeuvre ?

J’ai simplement choisi une nuance de base, puis j’en ai fait des bandes en éclaircissant peu à peu. Les Van Gogh et autres Klein n’ont qu’à bien se tenir…

 

Cette oeuvre est exclusivement publié sur ZC Virtual Underground Art Gallery, fait-elle partie des nombreuses oeuvres destinées à Panda Pixela  mais non publiées suite à l’arrêt des mises à jour sur ce dernier ?

Non, comme un peu toutes mes oeuvres de PAO, je l’ai créée dans un moment de désoeuvrement. J’aurais bien aimé qu’elle soit publiée sur le site Panda Pixela (avoir ses oeuvres sur le site qui a contribué à la génèse d’un mouvement artistique ne peut qu’apporter, la gloire la richesse etc.), mais le site était déjà « arrêté » depuis un moment. Mais je ne désespère pas qu’il publie un jour le restant de mes oeuvres, lorsqu’il aura repris les mises à jour de son site.

 

Lampe en équilibre instable non rattrappée par un gaucher un peu gauche, se rapproche du style de l’artiste Discobilly de part les effets d’ombre, le traits épais et les contours du cadre. Est-ce une coïncidence ou as-tu vraiment été inspiré par cet artiste ?

En fait, je pense qu’au départ c’est Discobilly qui a créé sa technique en s’inspirant de mon dégradé. Je ne peux lui en vouloir, tout le monde s’inspire de ses maîtres. Mais, rendons à César ce qui appartient à Julien : en effet, je me suis inspiré, voire j’ai plagié, son style. Il a une parfaite maîtrise du pixel, des ombrages et de la dynamique, et je dois avouer, même si cela fait un peu de mal à mon égo, que je suis assez fan du cadre qu’il offre à toutes ses oeuvres. En fait je le considère comme le deuxième pixelartiste obscur à avoir créé la plus grande avancée dans le mouvement (après moi et mon dégradé bien sûr).

 

Cette oeuvre est-elle autobiographique, au delà du fait que tu sois droitier dans la réalité ?

Pas du tout, j’ai plutôt pensé à un gaucher fameux pour sa gaucherie.

Etre gaucher est-il l’un de tes fantasmes ou s’agissait-il là d’un moyen pour que le message de ton oeuvre ait un meilleur impact ?

A vrai dire j’aimerais être ambidextre, pour pouvoir lacer mes chaussures de la main gauche tout en buvant mon café de l’autre. Hélas c’est impossible, car j’ai toujours besoin de mes deux mains pour lacer mes chaussures. J’ai donc abandonné cette idée.

A travers cette oeuvre, tu sembles dénoncer la mise à l’écart des gauchers en mettant en avant une idée reçue ou alors tu as voulu matérialiser les inconvénients d’être un gaucher dans notre société, qu’en est-il exactement ?

Etre gaucher est pour moi un des symboles de la maladresse. Ne dit-on pas « être gaucher comme un éléphant dans un magasin de porcelaine » ? J’ai voulu symboliser l’échec du maladroit à rattrapper cette lampe qui vacille, et va finalement s’éclater par terre, et la lumière va donc s’éteindre. Encore une oeuvre assez sombre, en lien assez direct avec Le rat d’eau de la méduse.

Es-tu solidaire de la cause des gauchers ?

Je leur souhaite d’accéder un jour à la droiterie, en ce sens je pense être solidaire, oui.

La lampe que tu représentes posssède un cable bien trop court pour être branché sans l’aide d’une rallonge, règles-tu tes comptes avec un quelconque fabricant de lampe (ou autre appareil éléctrique) ?

Absolument pas, il n’y a aucun message politique dans cette oeuvre. Mais je n’exclus pas d’en mettre un dans une prochaine oeuvre. En fait, le cordon trop court est une ellipse. J’ai voulu adapter un style narratif spécifique de la littérature au PAO. Un jour, quand j’aurai la gloire et la richesse, il y aura sans doute des commentaires de texte sur mon oeuvre. J’en profite pour attirer cette attention sur le fait que la lampe est allumée alors qu’elle n’est pas branchée ! Que doit-on en déduire ? Je laisse l’amateur tenter de percer le mystère de la pensée de l’auteur lors de la création de cette oeuvre.

Qui a tué Charlie dans la bibliothèque avec le chandelier ? est ton oeuvre qui a le plus de succès sur ZC Virtual Underground Art Gallery, comment expliques-tu cela ?

Sans doute parce que c’est une oeuvre ludique, qui invite l’amateur à élucider l’énigme. Allons bon ce n’est pas si compliqué, tous les indices sont là.

Comment t’es venue l’idée d’un crossover entre les jeux « Où est Charlie ? » et « Cluedo » ?

Eh bien dans Cluedo tous les personnages sont représentés par une couleur, et le pion qui les représente est de cette couleur. Charlie est toujours orné dans bonnet rouge et blanc. Par association d’idées, je me suis dit qu’un pion rouge et blanc égayerait quelque peu le plateau. De plus, à chaque partie, c’est le professeur Lenoir qui s’est fait assassiner. J’ai subitement été frappé par la connotation raciste de cette règle du jeu, et j’ai donc décidé d’intervertir les personnages pour réparer cette injustice. Ainsi, on se souviendra aussi de moi comme humaniste.

 

Voulais-tu simplement provoquer une polémique en plaçant une bible sur une scène de meurtre ou cela va-t-il plus moins (comme par exemple une dénonciation des méfaits de la réligion chez certains fanatiques) ?

Non, il n’y a ici aucun message religieux. On en revient encore à ma procrastination. J’avais envisagé que le livre soit « Autant en emporte le vent », ou encore « Analyse sémantique du terme topinambour de la biographie de Nostradamus », mais mes piètres talents de dessinateur ne m’auraient pas permis d’indiquer un tel titre de manière lisible sur ce livre. J’ai donc opté pour une iconographie aisément identifiable, pour faciliter la lecture de l’oeuvre.

Au final, après trois oeuvre d’un style totalement différent, cette dernière semble puiser du côté de Lampe en équilibre instable non rattrappée par un gaucher un peu gauche pour le graphisme et du Rat d’eau de la méduse pour l’aspect rébus. As-tu finalement définit ton style avec cette oeuvre ?

Je pense qu’un véritable artiste se réalise dans le renouvellement de son style. Comme Shangri-l, j’expérimente et ne souhaite pas me retrouver étiqueté dans telle ou telle catégorie de pixelartiste obscur. Je préfère qu’on se souvienne de moi comme un artiste innovant.

 

Comptes-tu poursuivre ta carrière de pixelartist obscur ? Si oui, quand pourra-t-on voir tes nouvelles oeuvres ?

L’inspiration ne vient pas sur commande ! J’espère avoir à nouveau les moments de désoeuvrement nécessaires à mon processus de création, mais je suis actuellement très occupé dans ma vie privée.

 

Tu serais à l’origine de l’initiation au Pixel Art Obscur de Shangri-l, artiste le plus prolifique du mouvement et créateur de ZC Virtual Underground Art Gallery… à moins que cette initiation ne vienne du morse des mers (voir l’interview de Shangri-l ainsi que ses propos dans l’introduction de sa rétrospective vidéo). Peux-tu nous éclairer à ce sujet ? Te revendiques-tu comme le parrain officiel de Shangri-l ?

Ce fût une excellente initiative, et je voudrais qu’elle soit mienne. Mais je ne crois pas que ce soit le cas. Je pense que c’est plutôt Le morse des mers qui a initié Shangri-l.

 

Concernant ZC Virtual Underground Art Gallery, pourquoi avoir choisit d’y herberger tes oeuvres PAO ?

Il fallait une vitrine à la hauteur de mes oeuvres, et je fais confiance à Shangri-l pour cela. Il est très respectueux des droits d’auteur, et on dirait qu’il gère le projet à plein temps ! Cela me laisse ainsi tout le temps nécessaire pour me consacrer à mon ascension vers la gloire et la richesse.

Que penses-tu des oeuvres de chacun des autres artistes que tu cotoies sur ZC Virtual Underground Art Gallery ?

Je pense qu’ils sont tous très prolifiques, et certains seront même au panthéon des pixelartistes obscurs. Mais franchement, aucun ne m’arrive vraiment à la cheville…

Outre le recensement de créations autopubliées, le site héberge également des ready-made, des peintures, des créations originales, envisages-tu d’oeuvrer un jour dans un de ces domaines ?

Comme pour le PAO, j’attends le moment de désoeuvrement qui me conduira à l’inspiration. Le moment actuel n’est malheureusement pas propice à cela.

Quel regard as-tu sur les oeuvres publiées hors PAO ?

Les autres courants sont très intéressants. Je pense qu’ils participent énormément à l’émergence de toute une culture underground. Mais on se souviendra toujours des origines, et donc du PAO, et donc de moi.

On dit que t’es porté acquéreur de l’oeuvre Moellon 2. Es-tu fan de moelloning4 ?

Je considère qu’un artiste accompli sait reconnaître le talent de ses pairs. En l’occurrence, Moellon 2 est une oeuvre majeure dans le courant du ready-made. Il sera de toute beauté dans mon salon.

Peux-tu nous dire qu’elle a été le montant de la transaction concernant  Moellon 2 ?

Je n’en ai plus aucune idée. Mais l’art n’a pas de prix (enfin, Van Gogh ne vendait pas ou très mal ses peintures de son vivant, alors j’espère que la transaction ne dépassait pas les quelques euros5).

Quand comptes-tu finaliser cette transaction : c’est à dire régler le montant et récupérer l’objet ?

J’espère pouvoir le faire bientôt, mais j’ai encore beaucoup à faire dans l’aménagement de ma galerie d’artiste.

Tu pratiques le demomaking (ton oeuvre Lack Of Disco sera bientôt recensée sur ZC Virtual Underground Art Gallery6), peux-tu éclairer les néophytes sur cette activité ?
Le demomaking est une forme d’art informatique. Il se pratique par groupe, et, comme dans les groupes de musique, chaque membre a une ou plusieurs fonctions : programmation, graphisme, musique, design…

Pour avoir une idée plus précise de ce dont il s’agit, il faut revenir une trentaine d’années en arrière. Sur les premiers ordinateurs personnels (Commodore, Atari, Amiga…), les groupes de cracking se livraient entre eux une course de vitesse pour déjouer les protections des jeux vidéos et utilitaires dédiés à ces machines. Pour accroître leur renommée, ils « signaient » leur piratage d’une petite introduction animée, qui s’exécutait automatiquement au lancement du logiciel, ou qui était livrée avec. Peu à peu, les membres de ces groupes de cracking se spécialisèrent : certains dans le piratage proprement dit, d’autres dans la création de ces introductions.

Puis, une sorte de schisme eut lieu. Ceux qui créaient les introductions commencèrent à le faire sans besoin d’accompagner un logiciel piraté. Ils le faisaient uniquement pour montrer leur capacité à dominer le hardware par des astuces de programmation. Et leurs productions s’étoffant de plus en plus, on finit par les appeler des « démos », car il s’agissait littéralement de démonstrations techniques. Et cela a continué d’évoluer jusqu’à aujourd’hui, en même temps que le hardware évoluait, permettant la création de plus impressionants effets, tout en laissant une plus grande place au design. Régulièrement, les démomakers se réunissent dans des démoparties, qui sont des meetings pouvant rassembler plusieurs centaines de ces geeks. Des compétitions sont organisées pour élire les meilleures intros et démos. Les graphismes 2D et 3D ont aussi leurs compétitions. La plupart des démomakers sont européens, principalement originaires des pays germaniques ou scandinaves. Mais on voit fleurir quelques démoparties aux Etats-Unis ou en Australie. Cette scène a notamment été repérée par les constructeurs de hardware, notamment par nVidia qui organise régulièrement une démoparty aux US. C’est aussi un bon moyen pour eux de promouvoir leur matériel. Je finirai cette rapide introduction en faisant remarquer que beaucoup des meilleurs demomakers sont actuellement très actifs dans le domaine du jeu vidéo. Je pense par exemple à Statix du groupe Acme, qui a travaillé avec Peter Molyneux (le créateur de Populous) sur Black & White 1 et 2, et a ensuite créé son propre studio de développement pour créer Little Big Planet sur PS3. J’ai moi-même travaillé chez Infogrames il y a une dizaine d’années.

En ce qui concerne mon activité dans le démomaking, j’ai rejoint le groupe PoPsY TeAm en 2009 en tant que programmeur sur Nintendo DS. J’étais attiré par le challenge de programmer sur un hardware limité mais aux capacités bien particulières. Au final, nous avons présenté notre première démo sur NDS, Lack of Disco à la Main Demoparty, qui a lieu à Arles chaque année en octobre. Pour ce faire, nous avons l’honneur de bénéficier d’un dessin 2D réalisé par le fameux Profil du non moins fameux groupe Eclipse, qui était une des références françaises dans le démomaking de la fin des années 80 / début des années 90.

Par ailleurs, avec la PoPsY TeAm nous organisons chaque année une démoparty, la VIP (pour Very Important Party). Cette année elle se déroulera à Thoissey du 9 au 11 juillet7.

Ton site GEEK N’ROLL vient d’être mis en ligne, quel en sera le contenu ?

Pour l’instant il n’y a qu’une seule rubrique, intitulée La démo du mercredi, dans laquelle je présente chaque semaine une démo qui a retenu mon intérêt. Dans l’avenir je créerai d’autres rubriques, plus généralistes dans le domaine du geek, mais aussi des rubriques en rapport avec ce qui est Rock n’Roll (et il ne s’agira pas que de musique !), car il faut bien coller avec le nom du site :)

Enfin, as-tu d’autres passions et/ou activités ?

Je suis récemment devenu fan inconditionnel de la série Doctor Who de 2005, celle qui fait suite au film des années 80 mettant en scène Peter Cushing dans le rôle du docteur. Je pratique également le violon, quand j’en ai le temps ET la motivation. Mais pour le moment l’essentiel de mon temps se résume à déballer les cartons suite à l’emménagement récent de ma copine avec moi.

 

Propos recueillis par Le morse des mers

 

 

Annotations :

  1. Site à l’origine du mouvement Pixel Art Obscur.
  2. Flure fait ici référence à trois oeuvres : Le dernier à l’eau à gagné – La finale par oCo, Les tentacules de l’entertainment par Koto et Le radeau de la méduse perdue par Thanos.
  3. Un morse squatte le radeau.
  4. Mouvement lancé par Shangri-l, dérivé du ready-made. Voir la page du Moellon Project pour de plus amples informations.
  5. Selon nos estimations, la transaction s’élèverait à exactement 1€ et 22 centimes.
  6. Lack Of Disco a été publié sur ZC Virtual Underground Art Gallery quelques jours après cette interview.
  7. A l’heure où nous publions cette interview, la VIP 2010 a déjà eu lieu, ce qui n’était bien évidemment pas le cas au moment de l’entretien.

 

Tous droits réservés © ZC Virtual Underground Art Gallery 

 

Interview de Thanos du 09/06/2010

 

Interview de Thanos

 par Le morse des mers

 

  • Interview réalisée le 09/06/2010
  • Dernières annotations le 16/07/2010

  

  

Figurant parmi la poignée de pionniers du mouvement dès le lancement de Panda Pixela, Thanos    est cependant un artiste discret dans le paysage du Pixel Art Obscur, mais non moins actif, en témoigne la force de chacune de ces publications.

Il livre ses secrets les plus intimes en exclusivité pour ZC Virtual Underground Art Gallery

 


Comment as-tu connu le Pixel Art Obscur ?
C’est très simple : j’ai des accointances avec le créateur de ce mouvement.


Quel est l’élément déclencheur grâce auquel tu as décidé d’entrer dans le cercle restreint des artistes Pixel Art Obscur ?
J’ai juste kiffé, et du coup, je me suis « pourquoi pas moi ? « . Après tout, il ne tient qu’à nous de prendre notre destin en main et de se lancer.


La base Thanos du Panda te rend directement hommage. Comment as-tu réagi en découvrant cette base sur Panda Pixela ?
J’ai été plutôt flatté, d’autant que cette base est un peu une fusion entre ma tête et un cactuar (célèbre monstre de la série de jeu Final Fantasy), donc c’est doublement un honneur.


Le Panda t’a-t-il consulté pour l’élaboration de cette base ?
Non, pas du tout. En même temps, ça ne m’étonne pas de lui, je crois qu’il a un peu pris la grosse tête avec toute cette histoire de PAO…


Que penses-tu des oeuvres dérivées de cette base comme Immortels Anonymes Dont Un Avec Un Verre De Xeres Et Un Autre Avec Un Rateau A Herbe de Shangri-l ?
Je dois dire que l’artiste qui a réalisé cette oeuvre à beaucoup de talent. Je n’ai pas contre pas trouvé où était le râteau à herbe1 !

 

Le morse des mers à utilisé cette base pour Balayette-man in Balayette World. Il affirme (voir son interview du 26/12/2008) qu’il illustrait en image la passion de celui qui a servit de modèle pour la base, autrement dit toi. Confirmes-tu ces propos ?
Oui, tout à fait. Pour moi, la balayette est un objet sacré, sensuel et tellement gouleyant, pouvant se décliner sous différentes formes. Et en plus, on peut se les mettre dans l’cul (avec le manche, et l’étiquette) !

  

Es-tu vraiment un fétichiste de la balayette ?
Si vous saviez …

 

Es-tu un collectionneur acharné de cet objet ?
Non, car je sais que si je m’adonne pleinement à cette passion, je risque trop de m’y perdre.

 

Combien possèdes-tu de balayettes ?
Deux. Une balayette « à chiotte » et une balayette pour ramasser les saletés (vous savez, ces balayettes qu’on utilise pour pousser la poussière et les miettes dans une petite pelle, une fois qu’on a passé le balai).

  

Quelles sont les différentes utilisations que tu en fais ?
Je préfère que ça reste de l’ordre du privé, sauf si vous pouvez m’assurez une protection contre les mineurs à cet interview !

  

Avant de fermer la parenthèse « balayette », quelle marque et quelle modèle de balayette conseillerais-tu aux visiteurs de ZC Underground Art Gallery ?
Une balayette BaC 72689, avec manche en ivoire et étiquette en papier glacé.

 

D’autres base du Panda rendent hommage a des personnes de ton entourage. Que penses-tu par exemple des bases Sebastien et Terra ?
Je trouve ça touchant de voir que Le Panda s’est servi de ses amis pour faire certaines de base. Ca montre bien là toute la générosité et la gentillesse de cet homme. Ou alors, ça veut tout simplement dire qu’il n’a aucune imagination et qu’il s’est honteusement servi de nous pour accéder à la gloire et à la richesse.

 

Rendent-elles justice à leur modèle respectif ?
Oui et non. On reconnaît bien les modèle respectif mais si je devais émettre une critique, je dirai que la base Sébastien a une disproportion négative au niveau du tour de tête. Quant à la base Terra, tout le monde sait que ses chats sont beaucoup plus «sacoche» que celui représenté sur la base.

 

Tu étais là dès la naissance du mouvement Pixel Art Obscur, pourtant tu as peu publié sur le site Panda Pixela, unique vitrine du PAO à l’époque (seule trois de tes oeuvres y sont recensées). Est-ce par souci de privilégier la qualité à la quantité ou par manque de temps ?
J’ai effectivement cherché la qualité. Il faut aussi ajouter que mes dernières oeuvres n’ont pas été publiées. Et puis, je dois aussi ajouter qu’à cette époque, je travaillai à la SNCF, ce qui ne me laissait pas beaucoup de temps pour les à-côtés, comme chacun peut l’imaginer !

  

Peux-tu nous en dire plus sur la genèse de ta première oeuvre, L’homme de De Vinci vu par Narcisse ?
Disons que ça m’a tout simplement sauté aux yeux. Quand j’ai vu la base, j’ai tout de suite pensé que si on devait envoyer une nouvelle sonde dans l’espace, c’était la base Narcisse qui devrait servir de modèle d’humain à envoyer pour d’hypothétique extraterrestre.

 

Pourquoi avoir choisi la base Narcisse ?
Une révélation je pense, comme expliqué plus haut. Et je voudrai, si des extraterrestres venaient à tomber sur nos sondes, qu’ils voient les changements de nos sociétés, devenu consumériste à souhait, causant l’obésité des humains. Et Narcisse est parfait pour ça.

 

Leonard De Vinci est-il un artiste que tu admires ?
Pas tant que ça. S’il avait été si admirable, il aurait inventé le PAO !

 

Est-ce ton unique source d’influence sur cette oeuvre ou as-tu des actions chez Manpower ?
Pour être franc, je rêve secrètement que les extraterrestres se mettent à l’intérim !

  

Le radeau de la méduse perdue est une adaptation surprenante de l’oeuvre de Gericault. As-tu utilisé une technique particulière pour reproduire les éléments du tableau original ?
Il a d’abord fallu que je repère parmi toutes les personnes présentent sur le radeau lesquelles étaient vraiment importante pour la cohésion de l’oeuvre. C’est tout un travail de recherche qui m’a pris des jours et des jours. Ensuite, un logiciel de dessins, une souris et hue cocotte !

 

Pourquoi avoir donné la parole aux personnages du radeau via des bulles ?
Ces personnages avaient tellement de chose à dire, tellement à exprimer et à nous apprendre. C’est pour ça que j’ai du limiter le nombre de personnages, pour ne pas être submergé de bulles et ainsi noyer les spectateurs et l’éloigner de l’intention première de l’oeuvre.

  

On sent, à travers ces bulles, l’influence de la bande-dessinée. Es-tu un passionné du neuvième art ?
Oui, tout à fait. Et plus particulièrement de Comics (bande-dessinée américaine). Contrairement aux balayettes, je ne me fous pas mes BDs dans le cul !

  

Tout comme Le radeau de la méduse perdue, Sausages in the commodes a été créée pour les besoins d’un concours sur Panda Pixela. Ces oeuvres de commande ont-elles été une contrainte pour ton inspiration ?
Non, bien au contraire. Il est toujours intéressant de voir les différentes déclinaisons d’un même thème. Et pouvoir se confronter aux autres est toujours sources de motivation.

 

Comment t’est venu l’idée de cette mise en scène pour Sausages in the commodes ?
L’idée m’est venue lorsque j’avais perdu un paquet de Knacki, que j’ai retrouvé dans mon tiroir à couvert. Je me suis alors dis «j’aurai tout aussi bien pu le mettre dans ma commode !». Et voilà, le projet était lancé.

 

On sent une véritable maturité dans ton style sur cette oeuvre, aucun détail n’est laissé au hasard (ombre des personnages, reflet dans le miroir, …). Qualifies-tu cette oeuvre de charnière dans ta carrière de pixel artist obscur ?
Je me suis beaucoup appliqué sur cette oeuvre effectivement, pour montrer qu’on pouvait porter grand soin au détail, même quand on fait de le PAO. C’est un peu un pied-de-nez à tous ceux qui pensent que le PAO n’est que brouillon et approximation.

 

La base Ghost and sausages était imposée mais tu as décidé de représenté le second personnage de la scène par la base Giacometti plutôt qu’une création originale. Pourquoi ce choix ?
J’aime les cross-over, d’où ma passion pour les Comics je pense. Et je sentais beaucoup de potentiel dans cette base Giacometti, sans vraiment savoir quoi exactement. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé ce qui m’attirait tant dans cette base.

 

Parmi les détails de la scène, on remarque la présence de ton oeuvre Le radeau de la méduse perdue. Est-ce une forme de Pixel Art Obscur sampling inversé (voir l’interview de Shangri-l du 17/12/2008) ?
Ce que j’essaye surtout de faire, c’est de créer un univers autour de mes oeuvres, quelque chose de cohérent. Chacune de mes oeuvres s’inspire des autres et fait partie d’un tout. J’ai surtout essayé de dire par là que si la saucisse avait fait de l’intérim, elle n’en serait pas là !

  

Comment t’es-tu pris pour représenter cette version réduite ainsi que l’effet granuleux rappelant la texture d’une toile de maître ?
C’est une technique plutôt complexe que je me garderai bien d’expliquer ici pour ne pas ennuyer le lecteur. Et puis, il faut bien garder une part de mystère *rire*.

  

Par ailleurs, on constate l’absence de deux bulles de dialogues par rapport à l’original, doit-on y voir une signification particulière ?
Je voulais garder seulement l’essence de cette toile, et ainsi, je l’espère, provoquer un débat national autour du port de la méduse en eau galeteuse.

 

Le dialogue est également présent dans Sausages in the commodes. Est-ce par volonté d’instaurer un aspect comic book à ton style graphique ?
Tout à fait. C’est encore une fois dans une volonté de créer un univers cohérent, comme Marvel à su le faire ces Comics.

 

La référence au comics est totalement confirmée par ta galerie « Les Quatre Fantastiques ». Pourquoi avoir choisi d’illustrer cette série ?
Tout a commencé quand j’ai réalisé que ce qui me turlupinait tant avec la base Giacometti : c’était pour moi l’incarnation parfaite de Mr Fantastic. Les trois autres ont tout simplement découlé de cet état de fait.

 

Y a-t-il eu une reflexion particulière quant au choix des bases que tu allais utiliser pour représenter les quatres personnages de la série ?
Il fallait trouver des bases qui ressemblaient le plus aux personnages de Marvel. Le choix pour Giacometti/Mr Fantastic a été évident, tout comme celui de Terra/Femme Invisible, puisqu’il n’y a qu’une seule femme dans les bases de Panda Pixela. Pour les deux autres, il a fallu plusieurs semaines de recherche et de tests avant de trouver les meilleures bases pour représenter ce que j’avais en tête.

  

Pourquoi avoir choisi le même décor pour ces quatre portraits ?
Au départ, je voulais faire les quatre personnages dans le même tableau, avec ce décor là, genre family portrait. Puis, je me suis dis que ce serait plus rendre hommage aux personnages de les représenter chacun dans une oeuvre distincte. J’ai gardé le décor pour me souvenir de mon idée de départ, car il ne faut jamais oublier ses racines.

 

Concernant La femme invisible, pourquoi ne pas avoir repris le chat habituellement indisociable de la base Terra ?
Il est bien connu que La Femme Invisible n’a pas de chat. Après, toute la question était de savoir si j’associais honteusement un chat à La Femme Invisible ou si je dissociais frauduleusement Terra de son chat … vous connaissez mon choix.

  

Est-ce une volonté de remise en cause du principe d’utilisation des bases instaurés par Le Panda ?
Il faut savoir briser les règles pour subjuguer l’art. Et c’est ce que j’ai fais ici, ou tout du moins, c’est ce que j’ai essayé de faire.

  

La Torche est une véritable réussite graphique. Comment as-tu procédé pour rendre les flammes autour du personnage si vivantes ?
C’est simple : j’ai kidnappé une personne dans la rue et je lui ai mis le feu. Le plus gros challenge était de reproduire ça par-dessus la base Thanos avant la fin du feu.

 

Le personnage dans La Chose est réellement impressionnant, la présence de la base Sébastien n’y est sans doute pas étrangère mais elle est transcendé par les éléments que tu y a ajoutés. As-tu eu une attention particulière sur l’aspect de ce personnage ?
Oui, il fallait rendre le coté rocailleux de La Chose. Je pense d’ailleurs avoir eu plus de boulot que les dessinateurs de Comics étant donné la taille de l’appendice tétale de la base Sébastien.
Si vous observez bien cette oeuvre, vous remarquerez d’ailleurs un élément insolite qui s’y cache !2

 

On retrouve cet aspect soigné dans la coupe de cheveux de Mr Fantastic. Pourquoi cette coiffure ?
C’est tout simplement la coiffure d’origine de Mr Fantastic. Il est bien connu que ce qui est le plus dur à retranscrire, ce sont les cheveux et les mains. Les mains sont déjà faite dans les bases. Quant aux cheveux, ceux de Terra sont déjà inclus dans la base, et La Chose et La Torche n’en ont pas. Si je voulais faire ressortir tout mon talent capilaire, ça devait être sur Mr Fantastic. C’est pour ça que j’ai tout donné pour ça. J’étais tellement épuisé que j’ai passé deux jours consécutifs au lit pour m’en remettre.

 

Après cette série, as-tu envisagé d’adapter d’autres comics à la sauce Pixel Art Obscur ?
Non, je me suis dis qu’il fallait passer à autre chose, pour ne pas m’enfermer dans un seul type d’
oeuvre.

  

Cette série était destinée à être publiée sur Panda Pixela. L’arrêt brutal des mises à jour sur le site ont-elles eu raison de ta carrière de pixel artist obscur ?
Oui, je pense qu’on peut le dire ! Sans ça, j’aurai sans doute continué sur cette voix, mais rien n’est moins sur.

 

Tu as aussi a ton actif une série de monochrome représentant l’habillage de trois sites que tu administres : Games Memories, Final Fantasy Memories et Zelda Memories. Peux-tu nous décrire le contenu de ces sites ?
Les sites FF Memories et Zelda Memories sont des sites qui proposent des soluces complètes sur ces jeux (les anciens pour la plupart). Games Memories est un portail regroupant des news sur ces deux sites et permettre de naviguer facilement de l’un à l’autre. On y retrouve deux de mes amis et compères des Jumping Stools et du Pixel Art Obscur : Le morse des mers et Le Panda.

 

Comment as-tu élaboré les nuances de ces trois monochromes ? Recherchais-tu un résultat particulier ? Si oui, l’as-tu obtenu au final ?
J’ai tout simplement pris les couleurs de fond des trois sites. Le but recherché était juste de faire parler des sites, de faire cliquer les gens et de faire p’ter toutes les stats ! Le résultat n’a pas été obtenu, mais je crois que c’est surtout parce que ça fait très longtemps qu’il n’y a pas eu de mise à jour sur ces sites !

 

Ces monochromes ainsi que la série « Les Quatres Fantastiques » ont finalement été publiées deux ans plus tard sur ZC Virtual Underground Art Gallery (anciennement Zircanews). Comment as-tu été approché par l’équipe du site ?
J’ai été contacté par Shangri-l qui m’a fait part de son envie de créer un espace dédié au PAO sur Zircanews et m’a gentiment demandé si j’acceptais que mes
oeuvres soient diffusé par ce média, ce que j’ai tout de suite accepté.

 

Qu’est-ce qui t’as convaincu publier tes oeuvres sur ZC Virtual Underground Art Gallery ?
L’envie de faire perdurer cet art trop méconnu des gens.

 

Que penses-tu des autres artistes Pixel Art Obscur publiant dans ZC Virtual Underground Art Gallery ?
Je suis assez fan de leur travail, d’autant que chaque artiste a son propre style, unique, et qui ne ressemble à aucun autre.

 

Quelles sont tes oeuvres préférées parmi celles publiées par ces artistes ?
J’aime beaucoup Qui a tué Charlie dans la bibliothèque avec le chandelier ? de Flure, Dawn of the sausages, Allégorie du tractopelle et Jésus était un beauf du morse des mers et John Lennon, Eté, Tassin de Nicolas Chartoire.

 

Que penses-tu du site en général et des autres formes d’arts qu’il met en avant ?
C’est bien de voir enfin un espace sur le Net pour parler des formes d’art un peu underground.


Penses-tu te remettre à la création d’oeuvres Pixel Art Obscur dans un avenir proche ?
Rien de prévu pour le moment, mais vous savez ce que c’est : l’inspiration peut tomber sur n’importe qui, n’importe quand.

 

Envisages-tu de te lancer dans une autre forme d’expression soutenue par ZC Virtual Underground Art Gallery (moelloning, peinture, …) ?
Si seulement j’avais un moellon…

 

Parle-nous un peu des Jumping Stools dont tu es l’un des membres historique avec d’autres pixel artists obscurs. Que représente ce groupe pour toi, assez atypique dans le paysage musical français reconnaissons-le ?
Les Jumping Stools sont des artistes buccaux. On pourrait dire a-cappella, mais il y a aussi des instruments (même s’ils sont fait à la bouche). Pour moi, c’est avant tout un groupe de potes. Et chacune de ces chansons racontent une aventure ayant été vécu par certains membres de ce groupe. Certaines chansons, même si elles sont rares, sont aussi engagées. Et il faut croire que nous avons été entendus puisque George Bush n’a pas été réélu, suite à nos chansons sur lui.

 

Le côté parodique des Jumping Stools se retrouve-t-il dans tes créations PAO ?
Dans un certains sens oui, avec notamment Le radeau de la méduse perdue ou « Les Quatres Fantastiques ».

 

Quel style de musique écoutes-tu ?
J’écoute surtout du rock, des trucs qui bougent quoi, et particulièrement les artistes engagés, comme les Cowboys Fringants ou Renaud.

 

On dit que tu es un grand amateur de jeux vidéo. Quelles sont tes jeux et styles de jeux favoris ?
Oulà, il y en a tellement ! Mais je citerais en vrac les Final Fantasy, Zelda, Mario (globalement, la plupart de ce qui sort de chez Nintendo), MGS, et tant d’autres !

 

Le jeu vidéo influence-t-il tes créations (Pixel Art Obscur ou autres) ?
Non, comme on l’a vu, ce sont plus les Comics. Mais qui sait, mon retour au PAO se ferra peut-être via les jeux vidéo !

 

Quels sont tes goûts en matière de cinéma et de littérature ?
Je suis assez bon public en ce qui concerne le ciné. J’aime bien entendu les adaptations de Comics, et sinon, les films d’héroic fantasy ou d’action/aventure.

En littérature, je ne suis pas un grand lecteur, mais je suis très, très fan de Terry Pratchett (Annales du Disque Monde), de Stephen King et de Daniel Pennac.

 

Hormis les balayettes, as-tu d’autres hobbies/activités ?
Je fais du taekwondo (il faudrait que j’invente un art martial à base de balayettes un jour !) et du GN (jeu de rôle Grandeur Nature) … beaucoup de GN, j’adore ça.

 

Propos recueillis par Le morse des mers

 

 

Annotations :

  1. Le rateau à herbe se trouve dans la main gauche du personnage sur la nacelle bleue (en haut à droite du dessin).
  2. Non mais cherchez donc ! On ne va pas vous mâcher le travail avec une simple annotation !

 

Tous droits réservés © ZC Virtual Underground Art Gallery 

 

 

Interview du morse des mers du 26/12/2008

Interview du morse des mers

par Shangri-l

 

  • Interview réalisée le 26/12/2008
  • Dernières annotations le 28/05/2010

  

  

Le morse des mers est une figure emblématique du Pixel Art Obscur. Présent dès les prémisces du mouvement, il fut un membre actif de Panda Pixela avant d’intégrer la communauté d’artistes de ZC Virtual Underground Art Gallery.

Retour sur la carrière d’un pixel artist obscur passionné…

 

 

Sur tes débuts sur Panda Pixela :

 

Comment as-tu connu le Pixel Art Obscur ?

Le Panda, père du Pixel Art Obscur, est un très bon ami. Lorsqu’il m’a envoyé le lien vers son nouveau site Panda Pixela, je ne savais absolument pas ce qu’était le Pixel Art Obscur. J’ai découvert le principe grâce aux tutoriaux  et aux oeuvres du Panda publiées sur le site.

 

De là, qu’est-ce qui t’as poussé à t’y mettre toi aussi ?

Au départ, j’avoue que mon intention était simplement de donner un coup de pouce au Panda pour faire vivre son site car au démarrage de ce dernier, la plupart des galeries étaient vides. J’ai donc mis un point d’honneur à réaliser au moins une oeuvre pour chacune des galeries et ainsi apporter ma contribution à la grande aventure Panda Pixela. Ces galeries étaient classées par bases, c’est à dire un dessin modèle basique (élaboré par Le Panda) qui devait faire partiefa intégrante de l’oeuvre à réaliser. Dès ma première oeuvre, Sim & Tree, je me suis laissé prendre au jeu pour véritablement prendre goût à cette technique. Quelques créations plus tard et je ne jurais plus que par le Pixel Art Obscur, art le plus sincère et le plus authentique parmi ceux nés de la technologie moderne. Je revendique aujourd’hui le mouvement comme un état d’esprit à part entière.

 

La tranche de pastèque se fait la malle est une oeuvre bien particulière. D’où t’es venu l’inspiration ?

Je voulais prendre à contrepied la base Unpredictable Banana qui imposait de part sa structure une oeuvre dans laquelle devait figurer une banane. Lors de la phase de colorisation, j’ai pu facilement transformer la banane en tranche de pastèque (qui au passage est un fruit succulent, mon préféré d’ailleurs). Mais le plus dur restait à faire : la mise en scène.  Je me suis alors posé la question suivante : « Pour quelle raison une tranche de pastèque peut-elle courir à grandes enjambées ? ». La réponse est venu d’elle-même : « Parce qu’elle fuit son géniteur : la pastèque ! ». Cette tranche de pastèque refuse la fatalité. Elle n’attendra pas que quelqu’un découpe la pastèque en tranche et scelle son destin avec un couteau de cuisine ! Elle va donc se faire justice elle-même, se séparer viscéralement de la pastèque sans l’aide de personne et fuir de cette cuisine pour aller vivre sa vie ailleurs. Ce qu’elle ne sait pas à son niveau (car elle est dénuée de tout sens de déduction), c’est qu’elle ne vivra pas longtemps et qu’elle subira la tragédie que vivent tous les fruits qui ne sont pas consommés à temps : la pourriture. Comme quoi la rébellion est vaine sans cerveau…

 

Pourquoi avoir choisi de faire un arrière plan aussi complexe ?

Nous sommes d’accord que, concrètement, une tranche de pastèque qui se fait la malle n’est pas une scène très rationnelle à laquelle le commun des mortels pourrait assister… à moins d’être sous l’effet d’une substance hallucinogène, ce qui rend tout de suite la scène psychédélique. C’est pour accentuer cet effet que j’ai voulu pousser ce psychédélisme jusqu’à l’arrière plan de l’œuvre. Pour cela je me suis inspiré de la déco des années 70. C’est également un indice pour le public qui se dira « cette scène n’est pas rationnelle, le fond est trop psychédélique ». Oui, car je n’aime pas profiter de la crédulité des gens pour leur faire avaler n’importe quoi…

 

Parles-nous de Jésus était un beauf. D’où t’es venu l’envie d’aborder un sujet aussi sujet à polémique ?

Tout d’abord, je ne trouvais pas le sujet polémique dans la mesure où tout ce qui touche la religion m’est assez lointain. Ce n’est qu’après avoir terminé l’oeuvre que je me suis dit que cela pouvait peut-être choquer certaines personnes. Ce qui a donné naissance à cette oeuvre est une réflexion que je me suis faite lorsque j’ai examiné la base Narcisse de Panda Pixela sous toutes les coutures. Je me suis dit que si le personnage n’était pas si bedonnant, j’aurais pu représenter Jésus sur sa croix et ainsi illustrer un épisode marquant de la bible façon Pixel Art Obscur sans l’intention de choquer, comme l’ont déjà fait de nombreux peintres. De là je me suis dit : « Mais qui nous dit que Jésus n’était pas bedonnant ? Personne n’a de preuve sur sa véritable apparence, si ça se trouve la réalité a été édulcorée et Jésus était un beauf en fait ! ». Voilà comment est née cette oeuvre parodique.

 


Le Panda et toi avez décidé de ne pas le publier à l’époque, pourrais-tu nous dire pourquoi ?

J’ai envoyé Jésus était un beauf au Panda tout en étant conscient de la polémique qu’une telle oeuvre puisse engendrer. Je lui en ai d’ailleurs fait part et lui ai précisé qu’il n’était pas obligé de la mettre sur le site. Bien que ma création lui ait plu, il a décidé de ne pas la valider pour Panda Pixela sachant ma position sur le sujet. Panda Pixela est avant tout une vitrine du Pixel Art Obscur, un site avec lequel l’internaute lambda peut découvrir ce mouvement, faire ses premiers pas avec les tutoriaux , faire publier ses propres oeuvres et participer aux concours thématiques proposés par le site. Bref c’est un site qui se veut avant tout pédagogique et familial. Le Panda  voulait éviter qu’il ne devienne la cible de groupuscule religieux et qu’il se colle une réputation de site sulfureux et borderline. Même si ça aurait fait une bonne publicité pour le site, les internautes l’auraient visité pour de mauvaises raisons. Je soutiens  Le Panda  à 100% dans son choix.

 

Tu as finalement choisi de le rendre public deux ans plus tard ?

Pas tout à fait puisque je l’avais déjà rendu public à l’époque lorsque j’avais présenté Panda Pixela sur mon blog. Cela ne me gênait pas puisque mon blog n’a aucun but particulier si ce n’est de faire découvrir au fil de mes articles mes goûts dans divers domaines. J’avais bien précisé que cette oeuvre n’était pas sur Panda Pixela et qu’elle était de ma propre initiative pour qu’il n’y ait pas d’amalgame. Entre cette époque et la publication sur Zircanews1, il y a eu l’affaire des caricatures de Mahomet. De l’eau avait coulé sous les ponts et j’étais moins réticent à l’idée d’afficher Jésus était un beauf sur un site public poursuivant le même combat que Panda Pixela : promouvoir le Pixel Art Obscur.

 

Le Che était un beauf va assez loin lui aussi. Tu étais dans ta période oeuvres à caractère polémique, à l’époque ?

A vrai dire, Le Che était un beauf n’aurait jamais du voir le jour. Quand il a été décidé que nous ne publierons pas Jésus était un beauf sur Panda Pixela, j’ai tout de même voulu faire partager mon idée de départ, à savoir : montrer une icône sous un autre jour. J’ai donc choisi un autre personnage, au caractère blasphématoire moindre, et j’ai conservé le même concept : « et si Che Guevara était en réalité un beauf ». Aujourd’hui, les jeunes portent des tee-shirts avec le portrait du Che sans forcément savoir qui était véritablement l’homme. Avec cette oeuvre je voulais que ces gens se pose des questions sur le personnage, se documentent pour connaître la véritable histoire de ce cher Ernesto, bref qu’ils aient enfin des raisons de porter ce tee-shirt. Mais cela n’empêche pas Le Che était un beauf de n’être que la version censurée de Jésus était un beauf.

 

Est-ce qu’il y a eu des réactions ?

Après la publication, je recevais régulièrement des appels anonymes. Toujours les mêmes : je décrochais et j’entendais une respiration à l’autre bout du fil. Je pense que c’était Fidel Castro. Son français n’étant pas très bon, il n’osait probablement pas parler. Je ne lui en veux pas.

 

Jeanne d’Arc était l’ancêtre de Raymond Barre enfonce le clou…

Oui c’est le cas de le dire (*rires*). Et encore, il ne s’agit là que d’une version censurée car dans un premier temps, j’avais repris la croix de Jésus était un beauf et j’avais modifié le décor et le personnage principal. Le Panda m’a alors fait remarquer que de montrer une femme attachée à une croix se faisant immoler pouvait être blasphématoire aux yeux de certains. C’est pour cela que j’ai remplacé la croix par une potence classique, Jeanne d’Arc étant désormais ligotée hors champ (on devine une potence en forme de T dont les liens sont reliés à la poutre transversale). Malheureusement je n’ai pas conservé le dessin original, mais l’essentiel est que cette modification n’a pas dénaturé mon idée de base. La croix, récupérée sur Jésus était un beauf, me permettait simplement de gagner du temps et éviter d’avoir à redessiner une potence, il n’y avait aucune intention particulière derrière. Finalement je préfère le dessin tel qu’il est aujourd’hui. Grâce à la remarque du Panda, il a désormais le mérite d’être totalement original, hormis l’utilisation de la base Narcisse évidemment. 


Justement, tes créations sur la base Narcisse de Panda Pixela ont toutes quelque chose de particulier. Pourquoi une telle hargne dans les sujets abordés ?

Je considère ces trois oeuvres (Jésus était un beauf, Le Che était un beauf et Jeanne d’Arc était l’ancêtre de Raymond Barre) comme une trilogie sur la chute d’une icône. Les trois personnages mis en scène ont tous un point commun : ils ont été exécutés puis élevés à ce rang d’icône. C’est ce même rang que je voulais remettre en question dans cette trilogie avec des hypothèses poussant à la réflexion. Après, on peut y voir de la hargne car les sujets sont sensibles mais ce n’est pas vraiment le but premier de ma démarche. En ce qui concerne mes autres oeuvres avec la base Narcisse, il est vrai que dans La dernière goutte du pilier de comptoir, je dénonce les méfaits de l’alcool à travers ce pauvre homme qui a bu la goutte de trop et meurt d’un coma éthylique au milieu du bistrot qu’il a l’habitude de fréquenter (tout comme Molière est mort sur scène d’ailleurs… quelque part on peut dire que la boucle est bouclée). Cette homme à tout perdu, son travail, ses biens, à cause de sa dépendance. C’est d’ailleurs pour cela que je l’ai représenté en sous-vêtement. Le message est clair : il est plus économique de se saouler chez soit en achetant son alcool en supermarché plutôt que de consommer au bar. Bizarrement, je n’ai reçu aucune plainte de tenanciers mais après tout chacun est libre de gérer sa consommation comme il l’entend, les bars ne peuvent en aucun cas être tenus responsables de la déchéance de certains. De toutes façons, il faut boire avec modération, ça a toujours été ma philosophie (bon ok, en pratique c’est autre chose) et pour lutter contre ce fléau qu’est l’alcoolisme, rien ne vaut une image choc comme celle-ci… même si le Pixel Art Obscur n’est peut-être pas le médium le plus adapté pour ce genre de campagne, avec un peu de talent on peut y arriver. La preuve, je n’ai plus fait de coma éthylique depuis que j’ai publié cette oeuvre sur Panda Pixela. Désormais j’arrête de consommer dès les premiers vomissements2. Pour en revenir à la base Narcisse, Roland l’crados, lui, ne véhicule aucun message particulier. Il s’agit d’une simple parodie des Crados, (Garbage Pail Kids en version originale), ces stickers qui ont fait fureur aux États-Unis au début des années 90 et qui ont été exportés chez nous quelques temps plus tard. Le personnage grassouillet de  Narcisse se prêtait bien en ersatz de Mathieu le Dégueu, Georges Tademorve ou encore Aldo Supercrado. Quant au titre de cette création, je l’ai emprunté à la chanson homonyme du groupe Elmer Food Beat. Il y a donc un double hommage dans cette oeuvre.

 

La fin tragique de Léguman évoque le personnage de Roland Topor et Henri Xhonneux. Revendiques-tu leur émission Téléchat comme l’une de tes influences ?

Totalement ! Téléchat allait bien au delà de la simple émission pour enfant. Elle permettait de développer le sens de l’humour chez les plus jeunes en dehors des clowneries habituelles qu’on leur proposait. En effet, les calembours et les situations absurdes y étaient légions et chaque épisode donnait lieu à une seconde lecture beaucoup plus subtile (de là à dire que je dois mon sens de l’humour à Téléchat, il n’y a qu’un pas). Léguman quant à lui était le moment parodique de l’émission à l’époque où les Sentaï et autres séries live japonaises avec des costumes en carton inondaient les programmes jeunesse. La parodie n’est pas un concept évident à assimiler pour un enfant et Léguman m’a personnellement initié à ce concept : imaginez donc un type avec une tête de citrouille, des bras en carottes, des jambes en cosses de petits pois et une batavia autour du cou se battre contre un aspirateur, une caisse enregistreuse, un mixeur, une soupière ou encore un pantalon, le tout tourné en super 8 avec une voix off jouant la carte du second degré (« les carottes sont-elles cuites ? » ) ! Léguman a marqué pas mal les esprits parmi les gens de ma génération (le groupe hip-hop TTC en a même fait une chanson) et pourtant, il n’était présent que dans une émission sur dix de Téléchat, soit un total de 22 apparitions en l’espace des trois saisons de l’émission de Topor et Xhonneux. Sachant qu’un épisode de Léguman ne durait que 30 secondes en moyenne, cela nous donne seulement 11 minutes de présence à l’écran étalées sur trois années. Ça en dit long sur le charisme du personnage. La seule chose qui me titillait dans Léguman était que dès l’apparition du héros, ce dernier était toujours en position de force par rapport à son ennemi. La fin tragique de Léguman était une façon de clore les aventures du super-héros végétal avec une scène où pour la première fois il serait en danger. Et pour lui donner cette correction, qui de mieux que son homologue représenté par la base Arcimboldo ? Je me suis inspiré pour cela des fins d’épisodes de la série Batman des années 60 avec Adam West où Batman et Robin se retrouvaient prisonniers dans des pièges farfelues sans aucun moyen d’en sortir vivant au moment où la voix off annonçait « Nos héros vont-ils réussir à déjouer ce piège mortel ? Vous le saurez au prochain épisode, même heure, même chaîne ». Bien entendu dans l’épisode suivant il s’en sortait toujours et avec une facilité déconcertante bien qu’il ne semblait à chaque fois n’y avoir aucune issue possible. Là, sur ma composition, c’est un peu la même chose : notre héros va-t-il s’en sortir ? Je laisse le public imaginer la suite (mais le titre et la légende sont des indices quand même).

 

Les nuits chaudes de Baptiste Durant, l’exhibitionniste malvoyant va vraiment loin. Comment as-tu trouvé le sujet ?

Très facilement, c’est un autoportrait en fait (*rires*). Plus sérieusement, la silhouette Giacometti m’a toujours fait penser à un vil pervers au pas léger arpentant les rues à la recherche d’une proie, les mains innocemment bien en vue comme pour se décharger d’un éventuel attouchement furtif. A partir de là, l’idée de l’exhibitionniste est venue d’elle-même.

 

Pourquoi malvoyant ?

Parce que j’avais également l’idée de recréer une scène de « Singing in the rain » à partir de la même base. J’avais commencé à dessiner le manche d’un parapluie que je voulais faire tournoyer autour du bras de mon Gene Kelly giacomettique. Le problème est que je ne savais pas comment bien rendre l’effet et j’ai donc abandonné mon remake de ce classique de la comédie musicale. Par contre j’ai conservé le manche de parapluie que j’ai transformé en canne et que j’ai intégré à mon exhibitionniste (qui n’était pas encore devenu malvoyant). Mais un truc ne collait pas : pourquoi un exhibitionniste se promènerait-il avec une canne ? Une seule réponse à cette question épineuse : parce qu’il est aveugle ! J’ai plutôt opté pour la malvoyance puisque la première version de mon dessin avait été baptisée « Les nuits chaudes de Baptiste Durant » et que le terme « exhibitionniste malvoyant » était sujet à rime avec le nom de mon protagoniste. Et puis entre nous, un exhibitionniste complètement aveugle risque d’avoir de mauvaises surprises s’il tient vraiment à choisir ses victimes.

 

Qu’est-ce qui a fait que tu ais retenu cette idée ?

Absolument rien. Du moment que l’idée me plait et que j’arrive à la retranscrire, je fonce sans réfléchir. Je ne vois rien de choquant à représenter un homme nu. De nombreux artistes avaient des femmes dénudées comme modèles. Je suis pour la parité (… enfin ça dépend des fois).

 

T’arrives-t-il de t’autocensurer ?

Oui. Pour en revenir à Jésus était un beauf, il y a eu une sorte autocensure effectivement mais j’ai conservé l’oeuvre pour la publier ailleurs que sur Panda Pixela. En ce qui concerne la potence dans Jeanne d’Arc était l’ancêtre de Raymond Barre, l’autocensure est plus flagrante puisque le dessin original n’existe plus. Hormis ces deux exemples, je ne me suis jamais retenu. J’aurais pu éventuellement flouter les parties génitales de Baptiste Durant si Le Panda me l’avait demandé mais il ne s’est absolument pas opposé à une publication en l’état.

 

Terra au pays des Merguez fait référence au roman bien connu de Lewis Carroll. D’où t’es venu l’association d’idée entre Terra et Alice ?

C’est ce drôle de chat (issu de la base Terra) à la queue qui semble extensible et vivante, comme si le félin avait fusionné avec un serpent, qui a fait le lien avec « Alice au Pays des Merveilles » dans mon esprit. C’est le genre d’animaux étrange que l’on ne retrouve que dans des univers fantasmatiques. J’ai aussi pensé au Magicien d’Oz puisque Dorothy, l’héroïne, est accompagnée d’un animal (son chien en l’occurrence) contrairement à Alice qui se retrouve seule dans ce monde étrange. Mais objectivement j’ai une préférence aux personnages loufoques du pays des merveilles par rapport aux habitants du pays d’Oz.

 

Est-ce que ce titre fait référence à une blague de cour de récré de la fin des années 80 que le journal de Mickey a par ailleurs publiée ?

Quelle perspicacité ! Effectivement, j’ai pensé à cette vieille blague (assez nulle d’ailleurs). Par contre j’ignorais qu’elle avait été publiée dans le Journal de Mickey, pourtant je le prenais chaque semaine en kiosque (pour les Mickey Énigmes et les valises de jeux en carton à monter soi-même chaque début d’été) ! Mais au niveau de l’inspiration pour cette oeuvre, il y a aussi le fait que j’adore faire cuire les merguez en été et observer le jus coulant au compte goutte de la grille de barbecue pour venir exciter les flammes dansant sur le charbon ardent. Par contre à manger, je préfère de loin les chipolatas…


Balayette-man in Balayette World représente un monde de balayettes et une sorte de super-héros de la balayette. D’où te vient cette obsession pour cet objet ?

Je n’ai aucune obsession pour cet objet. Par contre j’ai un ami qui voue une fascination sans borne aux balayettes (avec le manche et l’étiquette) et cet ami est justement la personne qui a servit de modèle au Panda pour la base Thanos, du moins pour la tête, le corps étant tiré du personnage Pampa (ou Cactuar pour nos compatriotes américains) bien connu des adeptes de la saga vidéoludique « Final Fantasy » dont notre ami est également fan. Mon oeuvre est donc un clin d’oeil à cette personne qui est même allée jusqu’à baptiser un de ces disques durs « Balayette » dans son poste de travail Windows. 

 

Mongole fier part d’une image forte, celle de l’homme à la tête de montgolfière. Comment as-tu trouvé une idée aussi frappante ?

La base Sébastien, à partir de laquelle j’ai réalisé ce dessin, est une base très difficile à utiliser. En effet, ce personnage à la tête démesurée est assez délicat à placer dans une scène quelconque. Le seul moyen d’être original est que l’objet de la scène fasse partie intégrante du personnage. J’ai donc décidé de représenté un être mi-homme mi-montgolfière, l’apparence de la base s’y prêtant assez bien et cela me permettait également d’utiliser un jeu de mot pour le titre. Ce concept de fusion entre l’homme et la matière m’a été librement inspiré des films comme « Tetsuo » de Shinya Tsukamoto et « Videodrome » de David Cronenberg.

 

Dawn of the sausages évoque le cinéma de George Romero. C’est une référence qui t’es chère, n’est-ce pas ?

Absolument. Romero est un grand auteur contemporain mais souvent sous-estimé de par le genre dans lequel il évolue. Dawn of the sausages est une oeuvre qui ne rend pas seulement hommage à la saga des morts-vivants du grand barbu mais aussi à toutes les nombreuses séries Z (dont je suis friand je ne le cache pas) inspirées par cette saga. Le titre fait bien entendu écho à « Dawn of The Dead » (« Zombie » en Europe), second et meilleur opus de la saga, mais en ce qui concerne la scène parodiée, les morts sortants de leur tombe, elle ne figure dans aucun des films de Romero. Elle s’inspire plutôt du « Retour des morts-vivants » de Dan O’Bannon, comédie horrifique du début des années 80, revendiquant ses références à Romero. J’ai également pensé à « Thriller » de Michael Jackson, dont le clip, réalisé par John Landis, puise dans ces mêmes références. Et puis une attaque de saucisses zombies ça ne s’est pas encore vu au cinéma ni ailleurs, je trouvais l’idée originale.

 

Parle-nous de Sim & Tree. De  toutes les créations basées sur la base Base publiées sur Panda Pixela, c’est celle qui s’en éloigne le plus. Comment en es-tu arrivé là ?

Il s’agit là de ma toute première oeuvre Pixel Art Obscur. Mon style n’était encore pas vraiment défini. Avant de me lancer avec cette base, j’ai tenté de la voir autrement que ce qu’elle semblait représenter. C’est là que je me suis aperçu qu’en superposant quatre fois la base dans un sens différent, je pouvais obtenir une figure ayant l’aspect d’un flocon de neige. Pour habiller le tout, j’ai caricaturé le comédien Sim parce que depuis son Rôle d’Agecanonix dans « Astérix et Obélix contre César » de Claude Zidi, je n’en ai plus entendu parler. A travers cette oeuvre je voulais alerter l’opinion publique en posant la question suivante : « Mais que devient Sim ? » (je n’ai d’ailleurs toujours pas eu la réponse3). En ce qui concerne le titre de l’oeuvre, le croisement des jambes et des bras de mes quatre Sim m’a évoqué les branches d’un arbre (tree en anglais). Ainsi est né le jeu de mot Sim & Tree (car il y a également de la symétrie dans cette création).

 

Tu n’as pas publié une seule création indépendante sur Panda Pixela, uniquement  des oeuvres basées sur ses bases. Pourquoi ? Est-ce par fainéantise ? Ce n’est pourtant pas l’inspiration qui semblait te faire défaut.

Comme je l’ai dit plus tôt, je tenais à créer une oeuvre (ou plus selon l’inspiration) pour chacune des bases proposées dans Panda Pixela. J’ai donc commencé par me tenir à cet objectif avant de proposer mes oeuvres originales car parallèlement je dessinais « Les douze travaux de Papy Herman » mais j’attendais d’avoir terminé les douze épisodes composant cette galerie pour que cette dernière soit publiée intégralement. Suite à cette saga, je comptais m’atteler à des oeuvres indépendantes et plus personnelles. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de terminer les aventures de Papy Herman car les mises à jour du site ont brutalement cessées alors que je mettais la touche finale au cinquième épisode.


Justement, comment as-tu réagis quand Le Panda a cessé de mettre son site à jour ?

Je me suis senti frustré car du coup je n’avais plus aucune raison de terminer « Les douze travaux de Papy Herman » vu qu’en dehors de Panda Pixela, je ne pouvais les publier nulle part. J’ai donc brutalement mis un terme à ma carrière d’artiste Pixel Art Obscur.

 

Pendant combien de temps as-tu continué de lui envoyer des oeuvres au Panda ?

J’avais l’habitude d’échelonner mes envois et d’attendre la publication sur le site avant de procéder à un autre envoi, ceci afin de ne pas surcharger Le Panda pour ses mises à jour. Finalement, il n’y a que deux créations que j’ai envoyées et qui n’ont jamais été publiées : un monochrome et une oeuvre réalisée « les yeux fermés »4. Je me préparais par la suite à envoyer Benny B : anges ou démons ?, Que le diable m’enschtroumpf ! et Carré d’as meurtrier et musical mais je n’ai pas eu l’occasion de le faire. Le plus triste dans cette histoire est que j’ai égaré les deux oeuvres en attente de publication. J’espère que Le Panda les a conservées5.

 

 

Sur tes oeuvres sur Zircanews :

 

La série « Les Douze Travaux De Papy Herman » fait référence à Papa Schultz, c’est bien ça ?

Non pas du tout. Je me suis inspiré des 12 travaux d’Héraclès de la mythologie grecque (Hercules chez les romains). J’ai simplement remplacé le demi-dieu par un vieillard et donc considérablement diminué le niveau des épreuves. J’ai repris pour cela le personnage d’Herman Toothroot de la saga vidéoludique Monkey Island. Il s’agit d’un explorateur parti il y a de nombreuses années à la recherche de la mythique Ile aux Singes et ayant échoué sur celle-ci sans possibilité dans repartir. Au fil des opus, Herman a eu diverses possibilités de fuir l’île aux côtés de Guybrush Threepwood (héros de la série) mais ce dernier a toujours quelque chose de mieux à faire et quitte les lieux en oubliant systématiquement le pauvre vieillard à la sénilité bien avancée due à ses années de vie en solitaire passées à régler des différents avec son voisinage composé de cannibales et de singes. Quant à l’appellation « Papy Herman », il s’agit bien entendu une référence au personnage de Baby Herman de « Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ».

 

Comment as-tu trouvé les thèmes des travaux ?

J’ai respecté une certaine cohérence avec les épreuves originales traversées par Héraclès. Chaque épisode fait donc écho au mythe à travers des termes à consonance similaires ou d’animaux d’espèce plus ou moins proche. Ainsi, pour la première épreuve, « le chat de mémé » évoque « le lion de Némée », j’ai gardé l’idée du félin et matérialisée la contrée de Némée en une grand-mère acariâtre. Le python à une tête fan de Vincent Delerme  est l’équivalent de l’Hydre de Lerne à neuf têtes. Quant au sosie d’Homer Simpson, il s’agit là d’une simple touche humoristique appuyant le caractère inoffensif de l’animal. Héraclès dû chasser le sanglier d’Erymanthe. A défaut d’un sanglier, Herman aura affaire à une espèce domestiquée : la truie. Après il fallait que je trouve quelque chose se rapprochant du terme « Erymanthe ». C’est ainsi qu’Herman a eu pour mission de manger une truie à la menthe. Capturer la biche de Cérynie fut une lourde tâche pour le héros grec puisque l’animal aux sabots d’airain était réputé pour sa vitesse de pointe. Herman devra donc faire la course avec un faon cul de jatte en toute sérénité (encore une fois, le terme « sérénité » fait écho à « Cérynie »). Enfin traquer un moineau sur une cymbale n’est rien de plus que l’équivalent du cinquième travail d’Héraclès : tuer les oiseaux du lac Stymphale. En ce qui concerne les sept autres épreuves, j’ai déjà trouvé l’équivalence pour Herman, il ne me reste plus qu’à les mettre en scène.

 

D’où t’es venu l’idée du faon cul de jatte Coulo ?

Il fallait que cette épreuve de course soit abordable pour Herman. Héraclès avait affronté une biche, j’ai donc opté pour la progéniture de celle-ci : un faon. Pour être sûr que le vieil homme l’emporte, j’ai amputé les pattes de l’animal. Quant au prénom Coulo, c’était pour le jeu de mot rappelant une insulte en Italie (faon Coulo). On reste donc dans la mythologie puisque les romains, ancêtre des italiens, se sont approprié les légendes grecques. 

 

Que penses-tu de l’oeuvre de Shangri-l qui le met en scène6 ?

Tout d’abord, je ne pensais vraiment pas que mes créations pouvaient avoir un tel impact au point qu’un de mes personnages soit repris dans l’oeuvre d’un confrère. L’hommage me touche évidemment, et voir Coulo tel qu’il est dans la vie privée m’a beaucoup amusé. Comme quoi il vit très bien son handicap.


Enfin, veux-tu nous en dire plus sur les Jumping Stools et les Brainless On Line ?

Les Brainless On Line était un groupe punk/pop dans lequelle j’étais bassiste. Les textes, en anglais, étaient complètement humoristiques, décalés, voir surréalistes. Le groupe fut en activité de 1999 à 2001 (rebaptisé Raving Lunatics en décembre 2000). Les Jumping Stools, quant à eux, sont nés le 27 novembre 2001, jour de la Saint Séverin. C’est un groupe exclusivement a capela (les instruments sont tous bruités à la bouche) composé de six membres plus ou moins connus dans l’univers du Pixel Art Obscur : Le Panda (fondateur du mouvement), Seb (source d’inspiration pour la base Sébastien de Panda Pixela), Thanos (ayant également inspiré une base mais ayant aussi des oeuvres publiées sur le site), Cochonou (inconnu dans le milieu du Pixel Art Obscur), Mirlouf (selon la légende, il n’existerait pas) et moi-même. Les textes sont parodiques, le principe étant de reprendre des succès de la variété française, des génériques de séries TV/dessins animés ou même des chansons de publicité et de les détourner (il y a quelques exceptions avec des tubes internationaux).

 

Parle-nous des travaux publiés avec les Jumping Stools

Trois albums ont été enfantés : Tous les SPAMs de Gamee (2001), premier album assez ésotérique puisque destiné aux membres des forums internet sur lesquels nous trainions (feu Gamee.com mais également les forums du site FFWorld). A redécouvrir pour les fans du groupe. George Bush (2002), album engagé mettant à découvert le véritable visage du président américain. George W. Bush est en effet une source inépuisable d’inspiration pour les Jumping Stools. On en regretterait presque la fin de son mandat présidentiel7. Beauf Collection (2003), album brisant tous les tabous avec des textes aussi drôles qu’un sketch d’Eric Thomas et aussi bien écrits qu’un spectacle de Michel Leeb. Le groupe est toujours en activité mais travaille depuis 2003 sur un gros projet de comédie musicale : Le Projet B.N. (working title). A noter un single L’amour à la George Bush bientôt dans les bacs et une compilation d’inédits ou de versions alternatives prochainement8. Les trois premiers albums sont quelques fois trouvables (à titre gratuit puisque déposé en libre service dans les rayons par l’un des membres) dans une des deux FNAC de Lyon.

 

Parles-nous des trois oeuvres sur des bases Panda Pixela publiées sur Zircanews1, Que le diable m’enschtroumpf !, Benny B : anges ou démons ? et Carré d’as meurtrier et musical9. D’où te sont venues les idées ?

Ces trois oeuvres avaient été créés pour Panda Pixela, mais les mises à jour du site ont été stoppées avant leur publication. Concernant leur contenu : Que le diable m’enschtroumpf est né d’une constatation que dans une communauté comme celle des Schtroumpfs, aucun membre n’est vraiment mauvais, le danger vient souvent de l’extérieur (Gargamel, Grossebouf, la mouche Bzz, …), sauf quelques exceptions (comme la gentille guerre civile opposant Schtroumpfs du nord et Schtroumpfs du sud dans l’album « Schtroumpf vert et vert Schtroumpf » et la prise de pouvoir d’un Schtroumpf instaurant une monarchie au village dans « Le Schtroumpfissime » mais qui prendra conscience de sa bêtise). Le peuple en lui-même est finalement très utopique. J’ai donc imaginé ce Schtroumpf diablotin à partir de la base Dante de Panda Pixela, censé représenté tout le mal enfouit dans le subconscient de la centaine d’habitants du village des lutins bleus. Benny B anges ou démons ? est partit d’une réflexion sur la dualité des rappeurs commerciaux du début des années 90 coincés entre la révolte et l’approbation des principes imposés par la société. Carré d’as meurtrier et musical est une oeuvre abstraite à travers laquelle je dénonce la dépendance aux jeux d’argent symbolisés par les quatre couleurs d’un jeu de carte classique (référence au poker et au black jack par exemple). Le personnage que je représente est mutilé par cette dépendance qui va le priver petit à petit de ses fonctions vitales. Le côté musical de l’oeuvre, représenté par les notes de musique, est là pour atténuer la violence de la dégradation physique du personnage (la musique adoucissant les moeurs).

 

Pourquoi une référence à Benny B. ?

J’ai un faible pour les artistes éphémères, passés de mode ou n’ayant pas su gérer leur carrière. Benny B regroupe ses trois catégories. Par ailleurs j’avais déjà mis en avant ce groupe dans un album des Jumping Stools en détournant « Dis-moi bébé » en « Dis-moi Guybet » en hommage au comédien Henri Guybet.


Tu es un vieux routier du Pixel Art Obscur, pourtant tu as attendu Allégorie du tractopelle pour publier une création entièrement originale. Qu’est-ce qui t’a fait sauter le pas ?

A vrai dire, je n’ai pas eu de pas à sauter puisqu’après avoir fait le tour des bases de Panda Pixela j’avais prévu de créer des oeuvres complètement originales. C’est d’ailleurs le cas avec la galerie inachevée des « Douze travaux de Papy Herman ». Après une pause de deux ans10, je n’ai pas encore eu le courage de terminer cette saga qui demande beaucoup d’effort de mise en scène. J’ai voulu me faire la main et reprendre mes aises sur des créations indépendantes. Allégorie du tractopelle est donc la première de celles-ci.

 

Peux-tu nous en dire plus sur tes sources d’inspirations pour cette oeuvre ?

Il y a actuellement un lotissement en construction a côté de chez moi. Un matin j’ai été réveillé par le moteur d’un tractopelle qui m’a d’ailleurs nargué toute la journée chaque fois que je mettais le nez à la fenêtre. L’image d’un tractopelle psychopathe m’est alors venue à l’esprit, je l’ai naturellement exprimée via le Pixel Art Obscur. J’ai par ailleurs une grande admiration pour ce véhicule de chantier des plus élégants symbolisant la puissance et le progrès.

 

Gaucher s’adonnant au Pixel Art Obscur de la main droite est un concept en soit. D’où t’es venu l’idée ?

Mon plus jeune fils s’était endormi dans mes bras. En attendant qu’il tombe dans un sommeil profond et que je puisse le poser dans son lit sans risque de le réveiller, je m’étais installé à mon bureau et je consultais ma messagerie de la main droite (je suis gaucher) car mon bras gauche était monopolisé par mon fils. Je suis loin d’être ambidextre et voyant le mal que j’avais à manipuler la souris de la main droite et à taper au clavier avec cette seule main (j’ai l’habitude d’utiliser les deux, voir ma main gauche seule si je fais autre chose à côté), je me suis dit que composer une oeuvre Pixel Art Obscur de la main droite serait très laborieux. Joignant le geste à la pensée, j’ai voulu faire un test et la mise en abîme est venue d’elle-même vu que la première idée qui m’ait traversé l’esprit est de représenter ce que je tentais de faire. J’ai baptisé cette technique « cacodextrie » (littéralement du grec « mauvaise main » ). J’en revendique la paternité.

 

Est-ce que le concept « Les yeux fermés » de Panda Pixela t’a inspiré ?

Non, je n’y ai même pas pensé sur le coup. C’est vrai qu’en y réfléchissant, la cacodextrie pourrait très bien faire l’objet d’une nouvelle rubrique dans Panda Pixela, le concept étant dans le même esprit que « Les yeux fermés ».

 

Sur tes influences et ta méthode de travail :

 

Quelles sont tes influences en matière de création graphique ? Y-a-t-il des peintres, des cinéastes, des photographes que tu aimerais citer ?

J’aime beaucoup Picasso, pas vraiment pour ses peintures mais plutôt pour ses autres activités : il a, par exemple, créé un modèle de voiture bien pratique pour Citroën (*rires*). Sinon je citerais les oeuvres surréalistes de Dali ainsi que les trompes l’oeil et illusions d’optiques d’Octavio Ocampo et de Maurits Cornelis Escher. Côté cinéma, j’ai un panel plus ouvert de réalisateurs fétiches.  Concernant uniquement l’aspect graphique je citerai par exemple David Lynch, Sergio Leone, Darren Aronofsky, David Fincher, Michel Gondry, Terry Gilliam, Shinya Tsukamoto (que j’ai déjà cité tout à l’heure), certaines périodes de la longue filmographie d’Alfred Hitchcock et les premières oeuvres de Sam Raimi et Peter Jackson. Lynch et Leone pour leurs cadres soignés et bien pensés, bien que leur style soit très différent, ils puisent tous deux leur inspiration dans la peinture. Côté montage, Lynch encore une fois mais aussi Aronofsky et Fincher dans un style bien différent du premier. Gondry et Tsukamoto pour les idées totalement barrées et la manière dont ils exploitent le concept de base jusqu’au bout avec leur sens de la bricole, même si le cinéma de Tsukamoto se rapproche plus de celui de Lynch, Gondry, lui, expose sa folie sur des sujets beaucoup plus légers et à tendance humoristiques à l’instar de Terry Gilliam sauf que ce dernier reste beaucoup moins classique dans la construction et le traitement de ses histoires. En ce qui concerne Hitchcock, j’admire surtout la plupart des techniques de mise en scène et de montage qu’il a expérimenté et qui sont aujourd’hui reprises par de nombreux réalisateurs. Enfin, pour Raimi et Jackson, bien que je ne dénigre pas leur filmographie récente, j’ai une grosse préférence pour leurs débuts dans le cinéma d’horreur et le rendu graphique de ces oeuvres malgré des moyens plus que modestes. Pour Jackson ça se traduit surtout par la qualité des effets spéciaux, du maquillage et du montage, le second misant beaucoup plus sur la virtuosité de la mise en scène et son talent à manier la caméra. Bien sûr en tant que passionné de cinéma, ma liste est encore longue, je pourrais cité en vrac George Romero, Quentin Tarantino, David Cronenberg, John Carpenter, Albert Dupontel, Gaspard Noé, Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Inarritu, certaines périodes de Tim Burton et de Steven Spielberg, les comédies bien lourdes des frères Zucker et de Jim Abrahams ainsi que certains metteurs en scène spécialisés dans le nanar comme Bruno Mattei, Edward D. Wood Jr., Max Pécas, …

 

Est-ce que tu zoomes beaucoup pour tracer ?

Oui c’est systématique. Je trace généralement le gros du dessin en taille normale puis je zoome pour peaufiner les détails.

 

Utilises-tu souvent le dessin pixel par pixel ?

Ca m’arrive mais uniquement pour corriger certains débordements, ou pour arranger un contour particulier. J’essaie le plus possible d’exploiter un premier tracé approximatif et spontané, c’est aussi ce qui différencie le Pixel Art Obscur du Pixel Art : transmettre directement l’idée du cerveau à l’écran, voir ce que ça donne et l’exploiter tel quel si possible. A trop utiliser le pixel par pixel, on en vient à basculer dans le Pixel Art (que je ne dénigre pas mais c’est un tout autre domaine).

 

Quel sont tes logiciels favoris ?

Par définition les plus simples à utiliser et donc ceux proposant le moins de fonctionnalités : Paint sous Windows ou XPaint sous Linux. J’ai essayé de créer sous The Gimp mais au vu de mes méthodes de travail, les deux applications suscitées sont bien plus fonctionnelles et moins lourdes à manipuler. A la limite je pourrais utiliser une vieille version de Paint Shop Pro (la 4.0) que je connais bien et avec laquelle le zoom est plus précis. Il me semble même que je m’en suis servi pour les finitions des cinq Papy Herman.

 

As-tu besoin d’une ambiance particulière pour travailler à ton art ? (musique, etc.)

Non, je ne me mets pas en condition particulière vu que les idées me viennent souvent spontanément et que j’ai besoin de les retranscrire dans l’immédiat, sans l’aide d’artifice extérieur pour me concentrer puisque le dessin est déjà constitué en totalité dans mon esprit. Il peut m’arriver de travailler en musique si j’en écoute au moment où l’idée me vient mais cela n’a aucune influence sur le résultat.


Quel genre de livres aimes-tu lire ?

Divers genre allant du classique au contemporain mais j’ai un faible pour le policier (Agatha Christie, Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux, …), la science-fiction (Philip K. Dick, Ray Bradbury, …) et le fantastique (Richard Matheson, Stephen King, HP Lovecraft, Dean R. Koontz, …).

 

Y-a-t-il des auteurs dont l’univers t’influence dans ton travail ?

Le Pixel Art Obscur est art exclusivement graphique, je ne suis donc que très peu influencé par la littérature. Si ce n’est la bible pour Jésus était un beauf et les récits de la mythologie grecque pour les douze travaux de Papy Herman. Mais, à part Homère qu’on associe à l’Iliade et l’Odyssée, on ne peut pas vraiment parler d’un auteur particulier pour ce genre d’écrits.

 

En matière de musique, quels sont tes groupes/tes artistes préférés ?

J’ai une culture très rock avec un éventail de goûts assez large dans le genre. Cela va du punk-rock, avec The Clash, Bad Religion, Hüsker Dü, Descendents (et donc All par extension) ou encore NOFX, à l’alternatif/pop rock du type Pixies, Sonic Youth, Velvet Underground, Radiohead, Depeche Mode en passant par divers groupes issus du grunge, Nirvana en tête ainsi que Pearl Jam et Les Thugs, bien qu’Angers soit assez éloigné de Seattle, j’ai toujours associé ce groupe à ce mouvement. Bref principalement de vieux groupes ayant 20 à 30 ans d’existence hormis Foo Fighters, Queens of The Stone Age et, plus récemment, Serafin (ex Stony Sleep, tout aussi excellent). Côté francophone, j’ai un faible pour les groupes découverts par le label Adone, des festifs Fatals Picards et Lasexbomb aux alternatifs Petits Bourrettes, récemment rebaptisés LPG Club et des classiques comme Noir Désir, Louise Attaque ou Ludwig Von 88.

 

Enfin, qu’est-ce que tu écoutes ces temps-ci ?

« L’expédition », dernier album des québécois Cowboys Fringants qui m’avaient déjà bluffés avec « La Grand Messe » ainsi que l’excellent « Svn Fngrs » : après une pluie d’albums « biens mais pas tops », Frank Black prouve qu’il a encore ses ressources d’antan. Il a d’ailleurs repris, l’année dernière, le pseudo Black Francis de l’époque des Pixies.  

 

Propos recueillis par Shangri-l 

 

Annotations :

  1. Ancien nom de ZC Virtual Underground Art Gallery.
  2. Nous rappelons à nos visiteurs que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
  3. Nous avons malheureusement la réponse aujourd’hui : Sim est décédé le 6 septembre 2009 (8 mois après cette interview).
  4. Il s’agit respectivement de Cocktail : Martini / Harpic WC et de Michael Bolton, Olympia, 2000.
  5. Ces deux oeuvres ont heureusement été retrouvées depuis et sont publiées sur ZC Virtual Underground Art Gallery.
  6. L’oeuvre dont il s’agit est Coulo, Le Faon Cul De Jatte.
  7. George W. Bush était encore au pouvoir au moment de cet entretien.
  8. Le single inédit L’amour à la George Bush sera inclus dans cette compilation.
  9. Toutes les oeuvres du morse des mers hébergées sur Panda Pixela ont depuis été publiées sur ZC Virtual Underground Art Gallery.
  10. La saga a été reprise après quatre ans d’interruption et de nouvelles oeuvres de la gallerie devraient prochainement être publiées sur ZC Virtual Underground Art Gallery.

  

Tous droits réservés © ZC Virtual Underground Art Gallery


Interview de Shangri-l du 17/12/2008

Interview de Shangri-l

par Le morse des mers

 

  • Interview réalisée le 17/12/2008
  • Dernières annotations le 27/05/2010

 

 

Shangri-l est sans conteste l’un des artistes les plus prolifiques dans l’univers du Pixel Art Obscur. Il est également le fondateur de ZC Virtual Underground Art Gallery (anciennement Zircanews), unique hébergeur d’œuvres Pixel Art Obscur avec Panda Pixela.

Rencontre avec un acteur clé du mouvement…

 

Comment as-tu découvert le Pixel Art Obscur ?

Je ne sais plus si c’est Le morse des mers ou Flure qui m’a parlé du site Panda Pixela. J’y suis allé, j’ai lu les tutoriaux, je me suis dit : « Je pourrais faire ça moi aussi ».

 

Pourquoi un tel engouement pour ce mouvement ?

Créer de nouvelles oeuvres est amusant et facile. De plus, le Pixel Art Obscur me permet de me prendre pour un artiste.

 

Ton style était très abstrait à tes débuts avec des colorisations complexes, des mises en scènes ésotériques et des références peu évidentes pour l’amateur lambda. Depuis Carotte, tes oeuvres sont plus accessibles, avec des remplissages simples et épurées d’effets techniques (pas de mise en relief, ni de dégradé, etc.). Comment expliques-tu ce changement radical ? Est-ce conscient ou ta vision a-t-elle changée entre les deux périodes au point que ton style actuelle soit devenu l’antithèse de celui de tes premiers pas ?

En fait, quand j’ai commencé dans le Pixel Art Obscur, j’expérimentais beaucoup. Puis j’ai finis par me trouver un style. On peut en voir les prémices dans certaines de mes premières oeuvres comme John Lennon, Été, Tassin. Je reconnais que je cède à une certaine facilité en recourant aux recettes que j’ai mises au point.

 

Comment as-tu réagi lorsque Le Panda à cesser de mettre à jour Panda Pixela, site qui était la seule vitrine de tes oeuvres à l’époque ?

Tout d’abord, j’ai continué à lui envoyer des oeuvres. Il faut dire qu’au départ il devait juste partir deux semaines en vacances ou un truc comme ça, donc je continuais à lui envoyer des oeuvres en espérant que le site reprenne bientôt. Au bout de quelques semaines je me suis rendu à l’évidence que ce ne serait pas le cas. J’étais assez peiné, car je ne savais pas où publier mes oeuvres sans Panda Pixela, et je m’étais attaché à cette forme d’expression. En tous cas cela sonna le glas de ma première période de Pixel Art Obscur, de juin à septembre 2006.

 

Qu’est-ce qui t’a poussé à publier tes oeuvres sur ton propre site près de 2 ans plus tard ?

C’est totalement fortuit. J’avais un site web, je me suis dit, pourquoi ne pas héberger une page sur le Pixel Art Obscur. J’ai crée quelques nouvelles oeuvres à cette occasion.

 

Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour créer de nouvelles oeuvres ?

Je ne sais pas. Peut-être que sans le coté ludique qu’il y a à publier/voir publiées ses oeuvres, j’étais moins motivé.

 

Il y a maintenant six artistes1 qui possèdent leur propre galerie sur ton site, comment les as-tu convaincu d’héberger leurs oeuvres ?

Pour Timmy O’Toole, je lui ai montré mon travail, et elle s’est dit « Je peux le faire aussi ». Quand elle m’a montré ses oeuvres je lui ai simplement demandé si je pouvais les mettre sur mon site et elle a accepté. Pour Le morse des mers, je l’ai tanné pendant des semaines voire des mois en lui envoyant des mails pour lui dire toutes les visites que j’avais sur mon site. Il m’a finalement envoyé ses oeuvres. Pour Discobilly, je faisais de la propagande pour le Pixel Art Obscur en lui montrant les oeuvres du site. A l’époque il travaillait sur des détourages vectoriels des peintures de Lascaux et j’essayais de l’inciter à rejoindre le mouvement. Quand il a décidé de s’y mettre, c’est tous naturellement qu’il a publié ses travaux sur le site. Je faisais également pas mal de propagande auprès de Flure car je croyais que Le rat d’eau de la Méduse n’était en ligne nulle part (alors qu’il etait bel et bien sur le site Panda Pixela), je voulais qu’il le publie sur mon site. Finalement Kiwigirlsclub (qu’il avait initié au PAO) s’y est mise elle aussi, je lui ai demandé si je pouvais publier ses oeuvres et elle a accepté, et Flure a publié de nouvelles oeuvres sur mon site à son tour.

 
Que penses-tu du style et de l’oeuvre de chacun des artistes de ton site ?

Timmy O’Toole a un vrai sens de la mise en scène. Son style est relativement épuré, c’est une artiste dont je me sent proche. Le morse des mers est une figure emblèmatique de la scène du PAO, j’aime bien le coté travaillé de son style, d’ailleurs j’ai repris un de ses personnage dans l’une de mes oeuvres. Discobilly est un cas à part dans le domaine du Pixel Art Obscur. Je trouve que son coté innovant est important pour le mouvement. Kiwigirlsclub a un style soigné qui je pense, puise aux racines du mouvement sur Panda Pixela. Flure est un artiste que j’apprécie pour le choix de ses sujets.

 

Parlons de ton travail, il existe une rétrospective vidéo dans laquelle tu commentes chacune de tes oeuvres. Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cette vidéo ?

Et bien, j’essaie toujours de faire de mon mieux pour faire la propagande du Pixel Art Obscur. Faire cette vidéo était un bon moyen de faire connaitre mon travail et le mouvement.

 

 

Dans cette rétrospective, tu racontes la genèse de tes compositions et tu expliques les raisons qui t’ont poussé à créer ces oeuvres. Ne penses-tu pas que tu brises la magie en facilitant à tel point l’interprétation de tes créations graphiques ?

Je sais que ça peut paraitre bizarre de démystifier ainsi le travail d’artiste, mais c’est dans le but de démocratiser la pratique.

 

Comptes-tu diffuser massivement l’intégrale de cette rétrospective (DVD promotionnel ou sites vidéo comme Youtube, Dailymotion,… ) ?

Youtube et Dailymotion ne permettent pas d’uploader des vidéos de grande taille lorsqu’on dispose d’une bande passante aussi réduite que la mienne. Je compte donc m’en tenir a diffuser l’intégrale sur Bittorent et le teaser sur Dailymotion2.

 

 

Revenons sur ton oeuvre. On peut y constater divers thèmes ou éléments récurrents. Pour commencer tes scènes sont souvent représentées l’été (en témoignent le soleil et le ciel bleu dégagé qu’on retrouve souvent d’un dessin à l’autre), est-ce une période de l’année qui te tient vraiment à coeur ?

Énormément. L’été est une période que j’affectionne particulièrement. Ce que j’aime dans l’été, entre autre, c’est que l’on peut se promener la nuit, il fait bon.

 

Autre thème récurrent : l’armée. Nombreuses sont tes créations inspirées par ton service militaire. En quoi cette période de ta vie a été marquante ?

Oula ! En tant que l’un des derniers appelés, je peut témoigner sur ce que fut cet institution qu’est le service militaire, qui mets en contact des personnes qui n’y ont absolument pas été préparées avec la vie militaire. La vie militaire, c’est une rupture quasi-totale avec le mode de vie courant, ça implique de se lever tôt, de se raser tous les jours, de saluer les gens qu’on rencontre (lesquels arborent des pictogrammes permettant de les classer dans la hiérarchie) selon leur grade. Et donc, cet rupture m’a marqué, c’est pourquoi j’ai ressenti plus tard, et pendant quelques temps, le besoin d’exorciser cette période au travers du PAO. C’est une source d’inspiration à laquelle je reviens de temps en temps

 

Tu es l’auteur de la bande dessinée « Plan 9 From Communistes Verts Extra-terrestres From Outer Space » que tu as conçue bien avant ton service militaire. Pourtant tu y dessinais déjà de nombreux soldats et l’armée y avait une place importante. As-tu une fascination pour ce corps de métier ?

A l’époque ou je dessinais le Plan 9 j’étais plongé dans l’ambiance de films comme « Full Metal Jacket » ou « Apocalypse Now » je pense que cette influence a beaucoup joué. C’est vrai que l’armée et son esthétique ne sont pas inintéressantes à mes yeux.

 

Parle-nous de ta technique de remplissage avec des carrés dont tu revendiques la paternité (nous la baptiseront technique shangri-l si tu n’y vois pas d’inconvénient). En quoi consiste-t-elle précisément ?

Il faut utiliser, soit l’outil de selection ‘carrée’, soit le traçage de carrés directement, pour représenter la scène sous forme de gros meta-pixels.


Le rendu est vraiment surprenant, pourquoi ne l’avoir utilisée que sur deux oeuvres (Sans Issue et Belfort La Nuit Sous La Pluie ) ?

Je pense que c’est parce que j’utilisais cette technique dans une période où j’expérimentait beaucoup. Avec le temps, j’expérimente moins et j’utilise moins cette technique.

 

La technique shangri-l est-elle libre d’utilisation ?

Absolument, cependant je dois ajouter qu’en tant que grand-maitre de cette technique, je n’ai ou n’ai eu de disciples officiels.

 

Tu t’amuses beaucoup à représenter ton entourage ou toi-même dans tes oeuvres. Rares sont les fois où tu utilises un personnage fictif (en dehors des oeuvres reprenant les personnages des bases Panda Pixela). Pourquoi ce besoin d’impliquer tes proches ?

Haha, excellente question. Je pense que ça répond à un besoin de mettre ma vie en scène, comme si j’avais besoin de cela pour apréhender la réalité.

 

Pourquoi représentes-tu systématiquement Le morse des mers avec un verre de vin à la main ?

C’est une association d’idée. Le morse des mers > Punk rock > Straight Edge > Alcool.

 

Ta rétrospective parle d’elle-même, c’est pourquoi je ne vais revenir que sur quatre oeuvres clés. Pour commencer, à propos de Sans Issue, pourquoi être parti de Le Che était un beauf plutôt que d’une page blanche puisque au final il ne reste que les contours de l’oeuvre originale ?

C’est une technique que j’expérimentais et que j’appellerais le Pixel Art Obscur sampling. Ça consiste en ceci : prendre une oeuvre plus grande et l’utiliser comme cadre. Je pense que je suis le seul à l’utiliser.

 

John Lennon, Été, Tassin est une uchronie saisissante ! Penses-tu que Lennon serait encore vivant s’il avait séjourné à Tassin La Demi-Lune durant l’été 1980 ?

Je ne sais pas. Ce que je peux dire, c’est que s’il avait séjourné à Tassin en décembre 1980 Mark Chapman ne l’aurait probablement pas abattu là-bas.

 

Peux-tu expliquer le rapport entre le contenu et le titre de l’oeuvre Cinq ?

Ben, je voulais un titre qui n’est absolument aucun rapport avec l’oeuvre. J’ai pensé à un chiffre, et voilà.

 

En Attendant Que Le Temps Passe est ton oeuvre la plus personnelle. Pourquoi te dévoiler autant à ton public à travers cette cafetière à moitié pleine (ou à moitié vide) ?

Comme je le disais tout à l’heure, cela vient probablement d’un certain besoin que j’éprouvre de mettre ma vie en scène.

 

A présent, parlons de tes deux dernières oeuvres, ne figurant pas sur ta rétrospective3. Monochrome II est assez avant-gardiste, comment as-tu réfléchis aux nuances de ce monochrome ? N’as-tu pas peur de t’attirer les foudres des puristes de cet exercice ?

Il fallait bien que quelqu’un le fasse un jour. En fait, ne le répète à personne mais j’avais besoin d’une nouvelle oeuvre en urgence pour tester un truc sur le site. Donc j’ai crée rapidement cette oeuvre.

 

T’es-tu inspiré de l’oeuvre Tout du Panda, publiée sur Panda Pixela ?

Non, Tout ne m’est pas du tout venu à l’esprit lorsque j’ai crée ce monochrome.

 

Dans Activités Ordinaires, pour la première fois, tu ne te mets pas en scène à l’extérieur. Es-tu devenu casanier avec le temps ? Tu t’es représenté travaillant sur un ordinateur, es-tu censé faire quelque chose en rapport avec le Pixel Art Obscur ? Si c’est le cas, est-ce une sorte de mise en abîme à l’instar de Gaucher s’adonnant au Pixel Art Obscur de la main droite du morse des mers ?

C’est vrai que je suis plus souvent à la maison avec le temps. Mes Activités Ordinaires sont en effet souvent en rapport avec le Pixel Art Obscur. On peut y voir une mise en abîme, c’est sûr.


Le site Panda Pixela fait l’objet d’une réflexion de refonte complète et sera un jour de nouveau opérationnel, quel sentiment t’inspire cette nouvelle ?

C’est énorme. Panda Pixela est la référence en matière de PAO, il expose des oeuvres majeures du mouvement. Si il accueille à nouveau de nouvelle oeuvres cela fera beaucoup pour le rayonnement de la discipline.

 

Les oeuvres présentes sur ton site figureront-elles sur Panda Pixela ?

Les miennes, probablement. Pour les autres, à eux de voir. Ca ne m’étonnerait pas que Le morse des mers les y publie…

 

Quel regard as-tu sur le Pixel Art en général ? Penses-tu que le Pixel Art Obscur soit un sous-mouvement du Pixel Art ?

Le Pixel Art, pour moi, c’est quelque chose que je connais mal. Mais je dois dire que le Pixel Art Obscur demande beaucoup moins de travail. Je pense que les puristes du Pixel Art n’aimerait pas voir le Pixel Art Obscur assimilé à du Pixel Art.

 

Il y a quelques temps, tu as présenté le Pixel Art Obscur sur un forum Pixel Art très fréquenté. Quelles ont été les réactions des pixel-artistes ?

Il y a eu trois types de réactions : ceux que ça a amusé, ceux qui ont dit « c’est pas mon truc mais c’est quand même du boulot », et ceux qui ont dit « c’est honteux de se moquer des Pixel-Artistes qui passent des heures sur leur travail ».

 

Enfin parle-nous de tes activités annexes. Tu bois beaucoup de café, quelle est ta marque préférée ? As-tu une recette particulière pour le préparer ?

Je n’ai pas de marque favorite. Pour le préparer, j’utilise une cafetière électrique, ou de l’instantané et un micro-onde.

 

Tu es un artiste complet, tu es également musicien. Peut-on en savoir plus sur tes groupes Gorbie’s Stuff et Still Living Creature ?

Gorbie’s Stuff est un groupe noisy du tournant des années 2000, où je chante et je joue de la basse. Still Living Creature est mon projet de house alternative, qui m’occupe depuis octobre 2007. Plus récemment, je fais aussi partie du duo rock The Kuang. Et sinon j’ai fait partie du groupe rock Beatles II4.

 

Peux-tu nous en dire plus sur tes oeuvres hors Pixel Art Obscur que tu héberges également sur ton site ?

Boh, pas grand chose… Quelques peintures, des ready-mades, quelques bouquins, des liens vers ma musique… Vous trouverez l’intégrale de Still Living Creature sur le site… Et la chanson5 de The Kuang, des liens vers les chansons de Beatles II, Gorbie’s Stuff, et Sultor Nacle 6.

 

Quels sont tes influences tous domaines confondus (musique, littérature, cinéma, peinture, sculpture, poterie, etc.) ? Tes oeuvres Pixel Art Obscur sont-elles marquées par tes goûts personnels ?

Je dirais, la SF, Dick, Gibson, euh, Jack Kerouac, William Burroughs Junior, coté musique, les Clash, les Pixies, Leonard Cohen, Hüsker Dü, The Lords Of The New Church…Les films de Schwarzenegger, « Brazil », « Pump Up The Volume », « Full Metal Jacket », « Apocalypse Now »… Si cela transparait dans mes créations de PAO ? Plus ou moins, je suppose.

 

Pour terminer, éloignons-nous du Pixel Art Obscur et parlons d’un de tes anciens travail. Nous avons évoqué tout à l’heure ta bande dessinée « Plan 9 From Communistes Verts Extra-terrestres From Outer Space » dont la dernière planche a été perdue (la 24 comme la surnomme les fans). As-tu espoir de remettre la main dessus un jour ? Si non, te sens-tu le courage de la réécrire ?

Je l’ai cherchée un moment mais je ne l’ai pas trouvée. Je ne m’en souviens pas assez pour pouvoir la réécrire…

 

Propos recueillis par Le morse des mers

 

Annotations :

  1. Le nombre d’artistes s’élève aujourd’hui à dix.
  2. Cette retrospective est depuis disponible en téléchargement gratuit sur Lulu.com.
  3. Plus d’une trentaine de nouvelles oeuvres ont été publiées par Shangri-l depuis cet entretien.
  4. Depuis cet entretien, Shangri-l a publié Dob Beizy, un album solo rock accoustique.
  5. Un mini-album contenant cinq titres a vu le jour depuis.
  6. Ce dernier n’est pas répertorié dans la nouvelle version du site car le label ZC Virtual Netlabel, autrefois hebergé sur Zircanews, possède désormais son propre site.

 

 

 

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